samedi 26 septembre 2009

Hymnes.


Cet été, lors de la visite des novillos aux corales des arènes de Parentis en Born, la veille de la première novillada du cycle, une discussion très intéressante fût engagée avec un ami aficionado de verdad que j’avais grand plaisir à retrouver. Notre échange se fît non seulement sur les bichos présents, mais surtout sur l’aspect philosophique et sociétal de la tauromachie.

Nous étions tout deux d’accord sur le fait qu’étant donné l’évolution du débat sur la corrida, cette dernière ne peut être principalement défendue que sur un plan philosophique, et que même si « la philosophie est une pierre insoluble dans le jardin des cons » comme l’a dit récemment Raphaël Enthoven sur les ondes de France-Culture, c’est sous cet angle la qu’il faut aborder le sujet. De plus, traiter philosophiquement de la corrida, c’est aussi se positionner sur le même terrain que les contempteurs taurins, qui de par leur anthropomorphisme et anti-spécisme revendicatif, veulent interroger la société sur ce plan. Nous sommes donc à armes égales, et ainsi nous ne leur laissons pas le champ libre dans la propagation de leurs inepties à notre encontre.

Mais aborder la tauromachie sous son aspect philosophique, symbolique, rituélique, ne doit pas aussi occulter l’orientation sociétale qu’elle prend depuis quelques années, et ceci renforcé par la crainte plus ou moins forte, de la voir à terme disparaître. Bien entendu, la corrida a toujours évolué avec la société, elle est à son image avec ces différentes composantes que l’on retrouve dans toutes les sphères de notre quotidien. Avec un public se rendant aux arènes sans être particulièrement aficionado a los toros, un public de véritables passionnés, mais aussi des décideurs taurins voulant faire croire que c’est le public qui demande tel type de tauromachie, alors que ce sont eux qui proposent une seule dominante dans les genres de corridas présentées.

Sans vouloir entrer dans un débat politique qui n’aurait pas sa place ici, s’intéresser à la tauromachie et à tout ce qui l’entoure, des arts à l’histoire, ne peut effacer ses propres prédispositions sociétales. Et être intéressé par la corrida de toros ainsi que par des mouvements intellectuels qui partagent certains idéaux tel que la laïcité, ne peut atténuer ses sensibilités en quelques occasions.

Pour un Républicain Laïque, ancien militant de terrain mais toujours viscéralement attaché à ces valeurs, il est parfois inconfortable d’entendre de fortes revendications régionales en étant sur les tendidos. Entendons nous bien, ceux ou celles qui me connaissent et avec qui nous avons eu l’occasion d’échanger sur ce sujet peuvent en témoigner, il n’est pas question de prôner un anti-régionalisme, je suis attaché à la région qui m’a vu naître, et encore plus étant en exil. Mais tout en étant éloigné des terres familiales, l’on rencontre aussi des personnes attachées à leur terre différente de la notre. Et l’on s’aperçoit que si l’on allait vers ce que désirent certains mouvements régionaux, l’on aurait plus qu’à rebrousser chemin, ou bien à gommer sa particularité pour entrer dans le moule régional formaté, à savoir notamment parler la langue ne serait-ce pour pouvoir comprendre un contrat de travail que d’aucuns voudraient bilingues, en attendant qu’il ne soit rédigé la seule langue de la région. Sujet sensible que les langues régionales, mais dont il ne faut pas oublier que ces dernières sont le résultat de l’uniformisation d’une multitude de dialectes locaux, réalisée par des intellectuels régionaux ayant décidés pour les autres. Ce qui a été reproché, et parfois à juste titre, à la République, a été pratiqué par ceux qui la conspuaient.

Entendre des hymnes ou autres chants régionaux sur les tendidos, ne poseraient pas de problèmes pour quelques uns d’entre nous plus nombreux qu’on ne le croit, si toutefois il y avait une égalité parfaite dans leurs applications. Non pas à propos de la querelle annuelle entre le Coupo Santo et le Se Canto, comme cela s’entend à Béziers, mais une égalité comme on la constate lors de rencontres sportives notamment. A savoir que l’hymne des chaque pays est joué, par soucis d’égalité. Si un jour cela ne se faisait pas, l’on frôlerait l’incident diplomatique. Même si la corrida de toros est originaire du pays de Cervantes, nous sommes à ce jour des citoyens de la République française. Aussi pourquoi ne pas jouer La Marseillaise avant ou après, peu importe, l’hymne régional ? Ce qui frôlerait l’incident diplomatique dans n’importe quel contexte, ne choque pas grand monde sur les tendidos.

Il est évident que derrière l’attachement à ces hymnes régionaux, locaux, l’on rencontre de multiples revendications. Allant des revendications fortement régionales, jusqu’au simple fait de vibrer pour la beauté du chant repris en cœurs dans l’enceinte sacrée de notre passion. Mais afin de pouvoir laisser à tout un chacun la libre expression de ses sensibilités à l’écoute d’un hymne régional, il faudrait penser à le positionner sur un plan égalitaire. Ce serait appliquer le principe de Laïcité, garant du vivre ensemble, et qui n’est pas exclusivement à connotations religieuses, comme ce m’éprennent trop souvent ceux et celles qui n’en connaissent pas bien au moins le sens.

Une interrogation se fait tout de même grandissante, à mesure que de tels chants sont repris dans quelques arènes. Quel sens ont-ils au regard, plutôt à l’écoute, de la majorité du public ? Il y a ceux pour qui il s’agit d’un attachement à la région, c’est entendu, respectable et très clairs. Mais il y a aussi, et il est à craindre que ce soit pour une large majorité, une forme d’action contre les attaques des anti-taurins, voulant ainsi marquer une empreinte locale à notre passion. S’associant ainsi à un idéal qu’ils méconnaissent voire ne partagent pas par ailleurs, ils veulent faire front commun, adhérant de la sorte au principe de la démocratie pacifique qui s’instaure de plus en plus chaque jours. Espérons que la démarche est sincère, et que derrière ces chants, au demeurant très beaux, il n’y est pas une orchestration, afin d’orienter une partie majoritaire d’un public, comme le fait de vendre un accoutrement uniforme*, et ainsi de fausser le sujet. Fausser le sujet, en détournant les spectateurs et les aficionados vers un attachement à des traditions régionales, mises en avant comme étant les seules garantes de la pérennité taurine. Alors que l’on sait que la tauromachie perdurera par un seul et unique chemin, celui de perpétuer le toro bravo, mais là, les militants pour l’Intégrité totale et sans concessions de la corrida de toros, se retrouvent bien peu nombreux.

* Voir à ce sujet l’excellent article de Xavier Klein à la page http://bregaorthez.blogspot.com/search/label/UNIFORME

mardi 8 septembre 2009

Lumières (2).


Il y a quelques jours lors d’un précédent texte qui se voulait aborder le sens de la déambulation des acteurs taurins, ceci parallèlement à celui d’acteurs philosophiques comme les francs-maçons, il a été mis en avant que la marche dextrogyre symbolisait un cheminement sur le plan de la lumière. Ceci étant abordé entre la lumière-symbole et la lumière métaphore, frontière assez floue, indécise, sur laquelle ce sujet est souvent évoqué.

La lumière et sa mise en relation avec l’obscurité, représentent les valeurs d’une évolution, et par cela celle de l’homme intéressé par une recherche dans un mouvement philosophique ou bien aficionado, et qui déroule sa propre marche vers le moment ultime. Ce moment redouté par tous, obsédant au point que certains veulent effacer tout ce qui peut nous y faire songer, comme vouloir interdire la tauromachie, ou bien obsédant au point d’y penser, d’y réfléchir sans en éprouver la moindre honte. Mais ce cheminement vers l’ultime est réalisé au rythme d’époques sombres et d’instants plus lumineux, qui se révèlent à mesure des réflexions et des doutes de ceux qui cherchent.

La lumière permettant de faire apparaître les choses en toutes clartés, il n’est donc pas étonnant qu’elle se retrouve symboliquement dans la corrida, et tout d’abord lorsque les acteurs vont la chercher vers la présidence qui dirige, mais surtout qui éclaire la course. Ce terme d’éclairer peut paraître surprenant, notamment employé afin de qualifier la présidence, d’autant plus que la fonction de cette dernière est de plus en plus galvaudé, ayant perdu ses repères initiaux. Une modification du rôle, pas uniquement sur le plan taurin, mais aussi dans notre quotidien, sur le plan politique, associatif. Mais passons outre et n’oublions pas qu’une présidence est la pour diriger une assemblée, ne pas automatiquement délibérer pour elle, mais l’aider dans ses délibérations. C’est ici que nous trouvons le sens de l’éclairage qu’elle doit apporter.

Par cet éclairage, la présidence symbolisant la lumière, apporte sa connaissance. Une connaissance des Constitutions, du règlement, des fondamentaux, garant de leurs applications. Pouvoir prétendre à appliquer la connaissance, signifie non seulement qu’elle connaît elle-même, mais que ceux à qui elle s’adresse, même si ils ne connaissent que succinctement, font l’effort eux aussi d’aller vers cette connaissance, vers la lumière. Et malheureusement, l’on trouve parmi les participants des principaux sujets évoqués sur ces colonnes, des personnes ne cherchant pas réellement à cheminer vers la lumière. Préférant recevoir, voire parfois en critiquant, sans même faire la démarche de recherche personnelle. C’est en ce sens qu’ils ne pratiquent pas symboliquement la marche intérieure dextrogyre, déjà abordée dans le précédent article sur le sujet. Ils vont vers la lumière représentée par cette présidence, pour être éclairés d’elle, mais ne font pas d’efforts supplémentaires, préférant être passifs plutôt qu’acteurs.

Que ce soit les francs-maçons dans leurs rituels, ou bien les toreros, déambuler vers la droite, ne semble pas être innocent, même si l’on s’accorde à y trouver à première vue un sens désiré pour les premiers et une coïncidence pour les seconds. Pourtant, la déambulation des toreros lorsqu’ils effectuent la vuelta dans les arènes, est somme toute symbolique, et à bien y regarder elle passerait pour voulue ici aussi.
Si le torero allait vers la gauche après son combat, il irait vers le sinistre, qui en latin « sinistra » veut dire la main gauche. L’on peut y voir ici un refus de prendre la route vers la pénombre, et ainsi montrer de façon allégorique, que le torero à l’issue de son combat ou il a acquis une certaine connaissance, est en route pour une un autre combat, une autre connaissance de l’art de Cuchares. A contrario, la passe de muleta symbole de pureté qu’est la passe naturelle, est exécutée de la droite vers la gauche. Elle prend sa source du côté lumineux pour terminer vers l’ombre. Si un jour l’on rencontrait un matador à la recherche de la pureté absolue de son toreo, sensible aux fondements taurins au point d’apporter cette connotation allégorique à son expression dans le ruedo plutôt qu’une recherche perpétuelle de postures pour paraître, cette suerte serait réalisée à la fin de la faena. Symbolisant ainsi dans ce travail de la droite vers la gauche, la fin de la vie. L’expression de celui qui a approché sa lumière durant le combat, qui a amené la lidia au plus haut point possible de cette rencontre ponctuelle avec le toro, et qui une fois la connaissance tutoyée, accepte de retourner vers les ténèbres, celles qui nous attendent tous et toutes.

Pour le torero qui n’a pas réussi à trouver les clés lui permettant de passer outre l’énigme que présentait le toro dans son comportement durant le combat, ne pas se voir le droit d’effectuer la vuelta, signifie symboliquement qu’il reste dans l’ombre de son échec. Que seule une lidia victorieuse lui donnera l’autorisation de poursuivre son cheminement vers la lumière. Pour le maestro qui a compris et résolu cette énigme, dont le public a reconnu son travail pour cela, le matador se voit autoriser à poursuivre son chemin vers la lumière de la connaissance, fort de son expérience précédente.
Il est alors toutefois intéressant d’observer que c’est le public qui autorise le cheminement vers cette lumière une fois la lidia terminée, démontrant ainsi que la corrida de toros est aussi d’essence démocratique. Mais le but n’étant pas de faire d’avantage soulever les interrogations ou autres étonnements à lire une approche assez atypique de la tauromachie, nous pourrons revenir plus tard sur ce point.

mercredi 2 septembre 2009

Idées reçues.


Même si il reste encore bon nombre de corridas à venir aussi bien en France qu’en Espagne ou au Portugal, l’on sent arriver la fin de la temporada européenne. Ceci se perçoit notamment dans le nombre de commentaires des blogs, qui reprennent leurs activités de plus belle. Et paramètre important indiquant bien la tendance automnale qui approche, le 21 de ce mois faut-il le remémorer, les anti-taurins se montrent sur les blogs taurins.

Il est intéressant de constater que dès qu’ils trouvent un blog où les commentaires ne sont pas modérés, leurs propos fusent. Sur ces colonnes, afin de seul éviter des redondances inutiles ainsi que la diffusion de propos allant à l’encontre de l’esprit voulu pour le blog, il avait été choisi dès le début de modérer les commentaires. Ce qui ne devait nullement empêcher l’animateur de cet espace taurin atypique, de privilégier la publication des commentaires par soucis d’esprit républicain et démocratique, ou tout doit pouvoir se dire, même les avis contraires.
Mais comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, à la lecture des courriels injurieux et anonymes qui commencent à arriver dans la boîte à commentaires depuis quelques jours, démontrant ainsi que lorsque l’on évoque un avis contraire à leurs idées, les contempteurs taurins se donnent le mot pour aller invectiver celui qui ne pense pas comme eux, ces commentaires, qui seront bien entendu archivés, ne seront plus publiés. L’esprit républicain et démocratique, synonyme de liberté d’expression, n’a plus lieu d’être lorsque il s’agit de laisser la parole à des personnes plus soucieuses d’insulte et de haine que de débat constructif. Comme l’affirment certains, « pas de liberté pour les ennemies de la liberté », ici nous appliquons le « pas de liberté de parole pour ceux qui la refuse aux autres ».

Il était étonnant de n’avoir pas eu plus tôt ce genre de propos, c’est à croire que depuis presque 5 mois que ce blog existe et quelques plus de 1800 clics au moment où sont rédigées ces lignes, les non amateurs de tauromachie qui s’arrêtaient sur ces colonnes étaient soucieux du respect de l’autre. Comme ce lecteur assidu, anti-taurin militant, soucieux de respecter les idéaux humanistes qu’il revendique, mais avec qui j’ai pu échanger par courriel tout en ayant des propos corrects et respectueux.

Pour en revenir aux mails reçus des anti-taurins, les deux premiers arrivés sur ce blog sont consultables dans la rubrique « commentaires » de l’article précédent. Il sont donc facilement accessibles, et témoignent, pour ceuxet celles qui en douteraient encore, de la violence injurieuse constamment adressée aux aficionados a los toros. Il est intéressant de constater dans les deux courriels, au delà du caractère injurieux en particulier du second, que persistent des idées reçues à l’encontre de la tauromachie, comme à notre époque persistent les idées reçues envers par exemple les cathares et la franc-maçonnerie. Chose troublante dans ce XXIè siècle, car étant donné les moyens d’accès à la culture, à l’information, l’on trouve encore des idées reçues qui émanent du siècle dernier dans le meilleur des cas.

L’on perçoit aussi, que outre la similitude des propos de l’antimaçonnisme ainsi que de l’anti-taurinisme, comme ce fût développé ici même lors d’articles publiés sur ces colonnes aux mois de mai et de juin, les thèmes se déplacent en fonction des enjeux politiques et sociétaux. Aujourd’hui, quelques médias se sont trouvés leurs « nouveaux juifs » avec la franc-maçonnerie, comme s’en est ému l’éditeur Jean Solis sur son site, en emplissant de façon redondante et régulière tous les ans les pages de leurs « journaux ». L’on voit maintenant de plus en plus de contempteurs taurins qui réagissent lorsque l’on aborde la tendance végétarienne de certains d’entre eux. Ils oublient pourtant l’expérience de Cleve Backster en 1966, mais aussi ils occultent d’autres informations sur les plantes démontrant que les végétaux développent un système nerveux propres à leurs fonctionnements. Mais l’on retrouve aussi les sempiternels refrains de la maltraitance animale qui sont ressassés à loisir, comme l’idéologie du complot judéo-maçonnique ressurgie régulièrement ou bien la théorie du complot concernant les attentats du 11 septembre.

On le sait, rares sont et seront les échanges établis dans un climat de respect et de tolérance, et il est flagrant de constater que l’on trouve bien plus d’anti-taurins à surfer sur les sites et différents blogs qui traitent des toros, pour y répandre leur fiel, que de taurins s’adonnant à la lecture et commentaires sur les sites et blogs anti-corridas. Toutefois, une chose est certaine, à voir la moyenne de plus de 450 visiteurs par mois pour ce très modeste blog, l’explosion des fréquentations ces derniers jours (sûrement causées par le bouche à oreille chez nos amis anonymes), les visiteurs anti ou bien aficionados qui reviennent régulièrement nous lire (comme nous laisse le croire les recoupements grâce au compteur et aux heures ou les messages sont postés, et la subite augmentation des visites notamment de la région niçoise et de la ville de Fourmies), ce blog ne laisse pas indifférent. Et si on ne laisse pas indifférent, c’est que l’on touche juste, sinon pourquoi tant de propos haineux des contempteurs, et pourquoi tant d’intérêt chez les aficionados de toutes tendances ?


La photographie illustrant cet article, a déjà été diffusée sur ces colonnes, mais ces hommes de Dieu, fusil à l'épaule dans des arènes, symbolisent parfaitement l'état d'esprit de l'anti taurinisme actuel.

dimanche 30 août 2009

Lumières.


La corrida est un art, un spectacle, un combat, voire les trois à la fois, tout dépend de sa sensibilité taurine. La corrida est ritualisée et donc codifiée, prétendre le contraire amènerait à une discussion très intéressante d’argumentations et de contre argumentations mais qu’il serait trop long d’aborder maintenant. La corrida est codifiée par l’homme qui a besoin de tout réglementé, ayant horreur du vide et de l’incertitude, afin d’édifier un ou des systèmes rationnels, organisés, normalisés.

Toutefois cela peut paraître irrationnel d’assister à un combat entre un homme et un toro, et dont l’acte ultime est de tuer l’animal affronté. Seuls ceux et celles refusant obstinément d’élever leurs réflexions, continuent de le prétendre et de le clamer haut et fort. Pourtant, la corrida n’est pas plus irrationnelle que l’est de vouloir mettre en avant l’anthropomorphisme, l’antispécisme, comme valeurs sociétales pour l’avenir de l’humanité. Ni de prétendre que manger de la viande c’est manger un cadavre, et que pour cela il faille se retourner vers une nourriture végétarienne en attendant peut être de devenir végétalien pour parfaire la démarche. Il est pourtant facile de constater que les végétaux vivent, et si l’on veut emprunter la même logique, le végétarisme est donc tout aussi irrespectueux de la vie.

La corrida de toros comporte une construction rituélique mais aussi philosophique, que l’on retrouve aussi dans la nature. Prétendre que la tauromachie est écologique et en adéquation avec son temps, il y a un pas que l’on peut franchir pour l’affirmer. Ecologique ne serait-ce par le simple fait de remarquer que l’élevage du toro de combat engendre le respect total de la nature, mais aussi la continuité de l’espèce. Pedro Cordoba, le démontre parfaitement dans son dernier ouvrage*. En adéquation avec son temps, aussi, si l’on prend pour référence l’intérêt des spectateurs qui semble plus important pour le paraître du torero que pour l’être du toro. Ceci est en parfaite harmonie avec notre société de télé-réalité, mais qui colle tout aussi parfaitement avec celle qui se dit plus proche de la nature. Puisque la aussi il s’agit du paraître, paraître respectueux de l’environnement, tout en roulant avec de vieux diesels, paraître humaniste et riche des différences, tout en désirant interdire des modes de vies qui ne ressemblent pas aux leurs.

Mais ce rapprochement évoqué de la corrida avec la nature, ne l’est pas sur le seul aspect d’une vision écologique de l’élevage des bovidés. L’on remarque qu’une partie de la codification du rituel taurin, est calquée sur des éléments que nous offre la nature. Au premier abord cela peut paraître étonnant, mais il n’y a qu’à observer, et s’arrêter sur un simple fait flagrant dans le toreo de mode actuellement. La charge du toro que le matador reçoit de loin (dans l’idéal), construisant sa faena de muleta en se serrant au plus prêt, par répétition des mêmes muletazos en donnant une distance de plus en plus petite. Ceci n’est pas sans faire songer à la géométrie fractale**.

Il est aussi à noter un autre sujet qui nous intéresse aficionados a los toros sensibles au rituel et au symbolisme, et que l’on retrouve dans ce domaine, il s’agit de la déambulation. Et afin de poursuivre sur la lancée qui semble faire l’intérêt de ce blog aux yeux de bon nombre de lecteurs et lectrices, continuons à prendre exemple sur la franc-maçonnerie notamment.

L’entrée des francs-maçons dans leurs temples et des protagonistes taurins dans une arène, sont toutes deux identiques. Chacun des acteurs entrent en avançant vers la présidence, qu’elle soit tauromachique ou bien maçonnique. Pénétrer ainsi a pour signification symbolique de monter vers la Lumière. Celle-ci symbolisée par les forces qui dirigent et éclairent la course, les travaux.
Nous retrouvons ensuite comme points communs la déambulation. Que ce soit dans un ruedo européen ou bien pour les francs-maçons, les déambulations s’effectuent dans le sens horaire, le sens dextrorsum. Non pas qu’il y ait une signification vis à vis du temps qui passe, car même si la franc-maçonnerie n’a pas de limites temporelles, la corrida de toros est ponctuée par les avis. Mais ce qu’il semble à voir dans le sens déambulatoire dextrorse, est plutôt l’action de faire tourner vers la droite le plan de polarisation de la lumière. Cette Lumière représentée par la présidence comme précédemment exprimé, voit ainsi poursuivre son rayonnement dans les pas des différents acteurs.

La lumière, qu’elle soit artificielle ou bien solaire, possède un lien avec la nature, puisqu’il s’agit d’un rayonnement de deux corps portés à une haute température. Et même si ce contact des corps est émis par l’homme ou bien par un système inventé par lui, l’échauffement est un phénomène naturel.
L’entrée des francs-maçons, des matadors, mais aussi leurs déambulations sur le sens de polarisation de la lumière, les font se positionner à la limite de la lumière-symbole et de la lumière métaphore. Cette limite étant de toute façon indécise, elle ne l’est que de façon plus grande dans cet exemple. Il faut voir dans la marche dextrogyre, le désir de cheminer au-delà de la lumière, donc au-delà de la mort, afin de trouver ce qu’il peut y avoir après, si toutefois il y a un après. Car l’attrait pour cette lumière qui nous éclaire, c’est la vie, le combat perpétuel qu’elle représente. Le combat pour les idées, pour les passions, pour s’enrichir intellectuellement, pour les êtres aimés, mais aussi un combat pour affronter le moment ultime, source de toutes nos angoisses.

Le temps n’étant pas de mise sur ces colonnes, nous pourrons revenir plus tard et de manière complémentaire à cette notion de lumière, en lui donnant une approche plus symbolique que métaphorique. Mais si une chose doit nous interpeller dès maintenant, c’est bien la relation entre la vie et la mort que représente cette entrée vers la lumière ainsi que la marche dextrogyre.

Pour ceux qui donnent un sens à leur vie en éveillant leur intellect par la recherche philosophique, comme pour ceux qui donnent un sens à leur vie en affrontant un toro ou bien en assistants à ce combat de l’homme et du toro, qui eux aussi éveillent leur intellect pour peu qu’ils ne soient simples spectateurs mais bien des aficionados, cette relation continue à la lumière n’est que le symbole de la vie et de la mort. Avancé sous l’éclairage pour aller vers ce qui nous paraît aujourd’hui être la pénombre, alors qu’il n’y a aucune réponse adogmatique, symbolise des valeurs alternantes et donc complémentaires de la relation entre la lumière et l’obscurité.

Lumière et obscurité qui sont symbolisées par le pavé mosaïque d’un temple maçonnique. Mais aussi lumière et obscurité, qui sont l’essence même de la lidia, qui se doit d’être éclairée par l’intelligence de l’homme pour se déjouer de la mort proposée par le toro…


A suivre …



*« La corrida, idées reçues », de Pedro Cordoba, éditions Le Cavalier Bleu, mars 2009. ISBN 978-2-84670-246-1.

**A ce sujet, un conseil de lecture « La spirale de l’escargot, contes mathématiques » de Harmand Herscovici, éditions Seuil, février 2000. ISBN 2-02-036773-4.Ce livre rassemble des contes mathématiques, qui font découvrir les secrets du monde grâce à l’univers des nombres. L’auteur nous fait voyager des rives du fleuve Jaune de Bagdad vers les anciens Chinois en passant par l’histoire de Thésée et du Minotaure, tout en abordant l’harmonie cachée dans la géométrie fractale, la magie des nombres dans la suite de Fibonacci et autres trigrammes.

dimanche 23 août 2009

Au vainqueur les pommes de terre ! *


La temporada tauromachique européenne entre dans sa dernière ligne droite, le mois de septembre arrive dans quelques jours, les temples taurins vont amoindrir leurs activités. Nous commençons à percevoir que dans ces temples, une nouvelle fois seules les figuras ont atteint le zénith, tandis que les plus humbles ont continué à tutoyer le nadir tout en attendant d’être appelés pour d’éventuels remplacements de dernières minutes.

Malgré se constat qu’une nouvelle fois ce sont les seuls matadors en tête de l’escalafon à qui il a été fait appel, il n’en demeure pas moins que le bilan tiré au deux tiers de la saison n’est pas des plus brillants. La faute à des toros sans saveurs, mais aussi à ces toreros que l’ont ne voit que devant ces mêmes toros. A quand leur refus de continuer à dévaloriser la fiesta, leur exigence à combattre des toros bravos et non plus des toros faire valoir ?

Mais ce constat ne doit pas être focalisé sur les seuls bichos et autres acteurs taurins présents dans les ruedos, dénaturer la corrida de toros, perdre ses fondamentaux, provient aussi des organisateurs. Passons sur les courbettes de diverses présidences vis à vis des toreros, qui bientôt vont sortir les mouchoirs de changement de tercios sur un simple rictus des piétons. Passons aussi sur ces gens présents en civils dans le callejon, et qui font pressions sur la présidence pour l’attribution des trophées, vueltas posthumes, ect… Passons sur tout cela que l’on voit presque partout, et arrêtons nous sur un exemple qui ne saute pas aux yeux mais qui en dit long sur l’état de notre passion.

La tauromachie, la corrida de toros, est ritualisée et donc codifiée, c’est entre autre ce qui l’a rend intéressante, attirante au delà du combat entre un homme et un toro mais aussi de la perception de la mort, dans une société ou tout doit être lissé, aseptisé. Lorsque l’on se trouve sur les tendidos, que l’on est attaché à tout ce qui fait la course de toro et donc à sa partie rituélique, l’on ne peut être que déçu de constater certains manquements aux principes de base. Pour preuve, ce qui a été constaté il y a quelques jours lors d’une feria française, celle de Béziers pour ne pas la nommer, où les alguaciles n’effectuaient même pas le rituel du despejo **. Bien entendu depuis que ceux qui n’ont rien à faire sur le sable des arènes se retrouvent sagement sur les gradins, ou bien invités au point de saturer un callejon, le geste initial des alguaciles en ouvrant le paseo ne paraît ne plus être d’intérêt. Pourtant il a toute sa place et son sens, et ne plus l’effectuer est une entame des fondamentaux taurins.

Un rite, ce n’est pas que du décorum placé ici ou là pour égayer la situation. Le rite, provenant du mot sanscrit « rita », signifiant « ordre », désigne donc le désir de ne pas sombrer dans le chaos, d’agir selon des règles communes afin de partager le sens profond de l’acte, le rite désigne aussi les moments forts et formalisés d’une cérémonie. D’interprétation multiple par ceux et celles qui l’accomplissent, le rite, et en particulier le rite taurin, est perçu comme un amusement ou bien sacralisé. En tauromachie, il est alors dommage de constater que le rite est généralement perçu, lorsqu’il est réellement perçu ce qui est loin d’être toujours le cas, comme un amusement, dans la continuité d’une tradition archaïque et non d’une tradition vivante. Ceci étant à l’image de notre société contemporaine.

Tout comme les rites maçonniques ou bien d’autres sociétés initiatiques, la modification du rite taurin n’apporte pas de changement sociétal, et ne se consacre qu’à la relation toute personnelle que l’on peut avoir par rapport au sacré. Mais modifier, ou carrément ne pas effectuer une partie du rite, peut avoir de néfastes répercutions. Ainsi amoindri par des attitudes, qui ressemble plus dans l’exemple cité à une méconnaissance de toute l’étendue du rôle de l’alguacil, la corrida de toros perd un peu plus chaque jour de sa substance, au point que seuls quelques aficionados passant pour des intégristes taurins, s’inquiètent de la dégénérescence de la corrida de toros bravos, dégénérescence ponctuée par de petites touches.

Car pointer l’absence du despejo n’est pas ici pour étaler une connaissance taurine toute relative, mais bien pour montrer que ces parties du rite taurin, même si elles représentent de menus détails, sont importantes et mises bout à bout, prennent de l’ampleur. Car vouloir accomplir l’acte taurin dans son intégralité, l’observer scrupuleusement, c’est aussi garder le contact avec les entités auprès desquelles l’initié recherche une tutelle bienveillante et une puissance agissante. C’est donc garder le contact avec ces illustres, mais aussi ces humbles matadors, qui ont permis grâce à leurs vergüenza, leur pundonor, de donner ses lettres de noblesses à la corrida. Car depuis les prémices de notre passion, ils respectaient les rites, sacralisaient ainsi leurs actes, ordonnaient ce qui aurait pu rapidement n’être que chaos au point d’amener le fait de combattre un toro vers un art.

Hors, on le constate avec cet exemple de disparition du despejo, que le rite en lui-même est bafoué, au point de faire chanceler la corrida et avec elle l’esprit même qui fait la tauromachie. Si l’on continue a édulcorer de la sorte la moindre partie de notre passion, la tauromachie ne pourra se remettre de la situation qu’elle connaît actuellement. Car d’une manière détournée, larvée, les contempteurs de l’art de Cuchares avancent avec les mêmes objectifs des tribus sud-américaines. Pour eux, l’objectif est aussi de dénaturer, d'alléger l’art de Cuchares et ainsi perdre ce qui est le socle de l’art de torear. Et ne pas tenir compte des tout ce qui fait la corrida de toros, mettre en avant des toros faire valoir, minimiser le premier tercio, et perdre petit à petit le rite taurin voulu par les fondateurs de notre passion, c’est indirectement s’associer aux anti-taurins et cela équivaut à leur donner des pommes de terre. Bien entendu cela ne représente certes pas des centaines de kilos, pour l’instant, mais suffisamment de poids pour prendre des forces et poursuivre leurs avancées devant un public taurin de moins en moins au fait de ce qu’est la tauromachie. La prochaine étape en ligne de mire étant les corridas de Don Bull, où sous prétexte d’absence de sang, les tenants auto-proclamés des mœurs de la bonne morale sociétale, auront tout à gagner de présenter les aficionados a los toros, ceux pour qui le toro doit être bravo et non pas un faire valoir, comme des sanguinaires. Nous serons montrés du doigt, jetés au pilori de la société. Les bonnes âmes s’éloigneront, n’auront d’yeux que pour cette corrida sin sangre, entrant ainsi dans le moule pour être à nouveau acceptés par les moralisateurs. Ces derniers pourront alors crier « au vainqueur les pommes de terre ! ».


* Expression rencontrée dans l’ouvrage de l’auteur brésilien J.M. Machado de Assis (1839-1908), «Le philosophe ou le chien Quincas Borba » (éditions Métaillé, 1998). Cette expression provient des montagnes sud-américaines, où les pommes de terre revenaient à la tribu qui élimine l’autre, afin qu’elle possède la force nécessaire pour passer de l’autre côté du versant de la montagne, et puisse aller éliminer une autre tribu et s’empare d’autres pommes de terre afin de continuer la tâche.
** Despejo, acte effectué par les alguaciles lorsque le peuple s’emparait du ruedo, qui consistait à dégager ce dernier avant le début de la course. Aujourd’hui il est effectué symboliquement lorsque après avoir salué la présidence, les alguaciles vont chercher les toreros au patio de caballos en longeant la talenquère.

samedi 1 août 2009

Club des Pertusiens


Posséder un même centre d’intérêt, appartenir à une même famille de pensée, partager une ou plusieurs passions, fait naître des sentiments décuplés de fraternité, de solidarité, de respect, vis à vis de ces personnes avec qui nous les partageons. Des sentiments d’autant plus forts, lorsque le dénominateur commun se trouve être une activité demandant une grande ouverture d’esprit telle que l’est la tauromachie.
Ouverture sur le monde, afin de comprendre les enjeux politiques que peuvent tirer les abolitionnistes dans leurs actes radicaux intolérants, mais aussi de percevoir leurs véritables natures souvent proche de l’obscurantisme sociétal. Une ouverture sur l’histoire, afin de connaître le passé taurin et ses fondements, mais encore les évolutions des sociétés afin de comprendre les évolutions de notre passion. Ouverture vers les arts, qu’ils soient libéraux ou bien culturels, afin d’exprimer ses avis tout en respectant et écoutant ceux des autres, et de s’enrichir culturellement.

Le lecteur assidu de ces colonnes est, à n’en pas douter, un visiteur tout aussi assidu d’autres blogs taurins. Il a donc très probablement accédé aux écrits d’autres aficionados a los toros qui se risquent à faire partager leur passion. Si le lecteur assidu de ces colonnes et d’autres blogs taurins est aussi amateurs de livres tauromachiques, il a sûrement remarqué lors de ces navigations internautiques, que quelques animateurs de ces blogs, ont aussi connu le plaisir de la publication livresque. Et si le lecteur assidu de ces colonnes et d’autres blogs taurins mais aussi amateurs de livres, aura eu l’excellente idée de posséder la toute dernière édition du « Dictionnaire Pertus »*, il aura remarqué que dans la blogosphère taurine française, quelques noms des animateurs sont aussi des « Pertusiens ».

Ces bloggers « Pertusiens », constituent un club d’auteurs-bloggers très restreint. Bien entendu ce club n’est nullement constitué administrativement, même si rien n’empêche que cela puisse se produire un jour, mais il existe tout du moins virtuellement. La liste de ces membres n’est pas d’une longueur exceptionnelle, ce qui aux yeux de quelques personnes pour qui la renommée associative n’existe qu’à la longueur d’une liste de membres, pourrait ne pas donner de réelle valeur à ce « Club des Pertusiens ».

Qu’importe les esprits chagrins pour qui seule l’apparence compte, si ce « Club des Pertusiens » doit avoir une valeur, c’est au lecteur, au visiteur des blogs de la donner de par une fidélité à suivre les écrits des « Pertusiens ». Quoi qu’il en soit, si valeur il doit y avoir sur les publications, les auteurs de la dernière édition du « Dcitionnaire Pertus », ont jugé digne de faire figurer quelques noms dans cet ouvrage de référence.

Mais qui sont donc ces « pertusiens » doivent ce demander certains et certaines des lecteurs de ces colonnes ? Commençons, par ordre alphabétique, avec Olivier Deck, artiste que l’on ne présente plus. Mentionné dans ce dictionnaire des textes taurins en langue française pour ces ouvrages « Discours de la taverne » publié aux éditions Séguier en 2000, il publia « Toréer quand même » aux éditions Cairn en 2004. Deux ans plus tard, ce sont les éditions Verdier qui publient son recueil de nouvelles sous le titre « Les yeux noirs ». La même année son écriture est récompensée par le 1er prix du « Prix Hemingway ». Olivier Deck collabore en 2007 à l’écriture de textes pour le numéro 6 de « Faenas » des éditions Verdier, mais en 1987, on le retrouve déjà aux côtés de Mathieu Sodore pour « Chanson de geste ; Paco Ojeda et José Mari Manzanares ». Aujourd’hui, Olivier Deck écrit sa passion de la tauromachie sur le http://www.latertulia.fr/.

A Nîmes, Marc Delon anime un blog qui se situe autour des mots, de la photo et des toros, que l’on peut visiter à l’adresse http://photosmotstoros.blogspot.com/. Primé en 2008 par le jury du concours de nouvelles du « Prix Hemingway », Marc Delon publia à compte d’auteur « Sentiments aficionados » tomes I et II en 2002 et 2003, puis « Fantasmatadors » aux éditions Cairn en 2005.

Depuis les Landes, les « Chroniques du Moun » (http://chroniquesdumoun.free.fr/), sont superbement animées par une personne connue sous l’apodo de Isa du Moun (mais son véritable patronyme la place bien ici dans l’ordre alphabétique). Isa, une amie très chère, nous livre toute sa sensibilité dans les « Chroniques », mais elle est surtout une auteure qui a co-écrit avec Jacques Durand et Miguel Darrieumerlou, ce qui n’est pas rien d’être de figurer au cartel avec ces Messieurs, les textes d’un livre de photographie de Bruno Lasnier paru en 2004 et intitulé « Fernando Cruz ».

En Arles, une autre auteure, Catherine Le Guellault, nous fait partager sa passion des toros à travers son blog http://catherine-le-guellaut.over-blog.com/. Publiée par les éditions Cairn en 2006 et 2007, pour deux recueils de nouvelles intitulés «Les taureaux rêvent aussi » et « Et la lune nous regardait », Catherine vient de co-écrire en cette année 2009, « 250 réponses à vos questions sur la tauromachie ».

C’est sur l'estuaire de la Gironde que l’on croise Ludovic Pautier, un blogger au répertoire largo comme l’étaient certains grands toreros. Animant une émission radiophonique sur le flamenco le lundi soir de septembre à juin, émission intitulée « Falseta » et que l’on peut écouter via le net sur les ondes « Radio Campus » à Bordeaux, il est aussi l’animateur du blog http://pinchosdelciego.blogspot.com/, dédié aux toros, au flamenco et à la poésie. Ludovic, Ludo pour ceux qui ont eu le plaisir de partager quelques moments avec lui, a eu le bonheur de d’écrire en 1999 avec son grand ami et regretté Jacques Bacarisse, « Noir toro, blanche arène » publié aux éditions Cairn.

Située plus bas géographiquement, Nadège Vidal nous régale de ses textes sur le blog http://nadegevidal.blogspot.com/. Elle vient d’être publiée au mois de mars 2009 par les éditions Cairn, pour son dernier ouvrage qui est un véritable plaisir de lecture, « Une saison sans taureaux ». Les éditions Verdier ont aussi édité en 2008 pour « Petits désordres autour des taureaux », ainsi que les éditions du Diable Vauvert la même année pour « Mano a Mano ». La maison d’édition gardoise édita en 2007 son texte « Machado et les toros ». En 2006, Nadège a vu l’une de ses nouvelles primée par le jury du « Prix Hémingway », l’année suivante elle collaborait au numéro 6 de « Faenas » des éditions Verdier.


C’est en raisons d’impératifs de publications, que le référencement des ouvrages mentionnés dans la dernière édition du « Dictionnaire Pertus » fût été arrêté au mois de décembre 2008. En cela ne figurent pas les toutes dernières publications de Catherine, Nadège et l’animateur de ces colonnes. Mais si j’ai le plaisir de figurer dans ce « Club des Pertusiens », c’est pour la publication par "l’Union des Bibliophiles Taurins de France" en 1998, de « Nantes et les courses de taureaux, une face cachée de la cité des Ducs », en attendant une éventuelle prochaine édition du dictionnaire, et que soit rajouté « L’équerre, le compas, les toros ».

Ce « Club des Pertusiens », aussi virtuel qu’il puisse être, se retrouve parfois autour de rencontres bien réelles sur les parvis de quelques arènes, où nous avons le plaisir de prendre le temps de discuter ensemble. Me concernant, les rencontres cette année furent possibles à Vic, Céret, lors des jours à venir où le temps de quelques instants de vacances permettra de quitter les terres de l’exil pour de nouvelles pérégrinations taurines, cela se produira à nouveau, rendez-vous est déjà pris. Ensuite le travail reprendra avec force et vigueur pour revenir alimenter ces colonnes, ceci à partir de l'ultime semaine du mois d’août.


DictionnairePertus, répertoire des textes taurins en langue française », de Serge Milhé, Bernard Rendu et Jean-Louis Rouyre, éditions UBTF année 2009, prix 28 euros. ISBN 978-2-909521-31-2.

dimanche 26 juillet 2009

Verticalité, horizontalité.


« Le torero est la ligne verticale, le taureau est la ligne horizontale ». Cette phrase écrite par Nadège Vidal dans son dernier livre « Une saison sans taureaux »*, n’est pas dénuée d’intérêt si l’on veut prendre le temps de s’y arrêter. Une phrase qui invite à réfléchir sur sa propre conception taurine, une réflexion qui pourrait passer pour une digression au regard de l’aficionado attiré par les seules réséñas et autres étalages de sciences taurines, mais pour peu que l’on aime et ose sortir des sentiers battus tauromachiques, l’on se rend compte que cette verticalité et cette horizontalité exprimées, reflètent bien un ressenti chez l’aficionado a los toros.
Il n’est pas besoin d’être un spécialiste du symbolisme et des figurations allégoriques afin de percevoir que l’association de la verticale et de l’horizontale représente une équerre, où le sommet de celle-ci se trouve figuré par le leurre, le capote, la muleta. L’équerre qui dans le symbolisme représente la rectitude dans l’action, ou encore l’espace, mais aussi l’action du bien dans l’intérêt des « frères » pour celle accrochée sur le sautoir du Vénérable Maître d’une loge maçonnique. Lorsque l’équerre est déséquilibrée, en forme de « L », elle représente l’activité et le dynamisme, a contrario, l’équerre dite équilibrée en forme de « T » symbolise l’actif et le passif. En résumé, elle est la représentation allégorique de la rectification et l’ordonnation de la matière.

Une équerre lorsqu’elle est multipliée par quatre, forme la croix, une croix entre autre symbole de religion. Est-ce par un toréo figurant l’équerre figée et donc indirectement la croix, que des toreros « modernes » deviennent des Dieux vivants de la religion taurine ?
Cette équerre représentée lors du toréo « tomasiste » actuellement de mode, possède la particularité non pas d’avoir le sommet par le seul leurre, malheureusement ramené à la simple muleta alors que toréer cela se réalise aussi de cape, mais un sommet de cette équerre allégorique trop souvent placé dans la chair. Ce qui permet au public mais aussi aux commentateurs taurins, de rendre compte des trophées éventuels et des coups de cornes reçus. Des blessures que l’on veut faire apparaître comme autant de gage de bon toréo chez les « modernes », alors que si l’on se remémore quelques bases taurines, l’on sait que lorsque le matador se fait accrocher, c’est quasiment toujours suite à une erreur de sa part.
Par sa verticalité et l’horizontalité du toro se trouvant face à lui, par cette équerre symbolique, les admirateurs du torero disent qu’il effectue de nouveaux tracés du toréo. L’équerre, symbole des constructeurs, lui permet d’édifier, une tauromachie dans des terrains jusqu’alors inconstructibles. Pourtant, l’on sait que toute construction bâtie sur des terrains impropres, a pour destinée de s’effondrer, même à long terme. Construire une tauromachie dite moderne, sur les bases inverses aux canons taurins, amène tout naturellement à l’effondrement des fondamentaux tauromachiques. N’ayant plus de repères, les nouvelles générations d’aficionados qui n’auront pas l’envie de lire le Tio Pepe par exemple, perdront à jamais cette perception de ce que doit être la corrida.

Alors que toréer est s’imposer à la matière brute du toro, de tailler cette matière pour en faire un chef d’œuvre tauromachique, alors que l’artisan amène la matière à lui sur son plan de travail, voilà que l’artisan taurin dit moderne veut maintenant aller à l’encontre des racines mêmes de son art. Il va vers la matière, le toro, et ne cherche pas à la faire venir à lui. Il est vrai que poser cette matière sur l’établie permet dans voir les moindres aspérités, d’avoir l’ensemble des outils a proximité et donc de démontrer que l’on excelle dans son art en ayant tout loisir de travailler à son aise. A l’inverse, celui qui travaille au sein de la carrière ne prenant pas la peine d’extraire davantage le minerai, ne se donne pas le temps d’observer, de se rendre compte des difficultés occasionnées lors de l’extraction et donc de la nature même de la pierre, de comprendre les aspérités qu’offre la matière. Il donne par contre l’impression d’une maîtrise technique, tout simplement parce qu’il n’effectue pas sa tâche comme les autres artisans. Mais ne pas faire comme les autres, afin de se donner un style et sembler ainsi être en dehors de la masse, n’est pas forcément un gage de qualité.

Pour être efficient dans son domaine, l’artisan doit manier les outils suivant des méthodes ancestrales. Aller contre cela, passer pour un pseudo révolutionnaire en proposant une « nouvelle » façon de créer, de bâtir une œuvre, masque parfois une incapacité à appliquer les bases mêmes de son Art. L’équerre symbolique figurée par la verticalité du torero et l’horizontalité du toro, doit avant tout de permettre l’exécution d’un tracé tauromachique s’imposant à la matière brute représentée par la nature elle même du bicho.
Dans le symbolisme justemment, l’équerre sert à mesurer la terre et à tracer le carré. Ce carré, d’où est issu le cercle comme le démontre si bien la construction de la spirale de l’escargot à la manière de Fibonacci. C’est à ce stade que l’équerre s’associe au compas, représenté par la position des pieds du matador. L’association équerre-compas effectuant le tracé de la courbe, créant ainsi les conditions pour dominer le toro, changer la nature rectiligne de sa charge naturelle afin de la rendre circulaire suivant la volonté de l’homme.

En Chine, l’équerre fût portée par Fu-Shi comme reflet de ses vertus magiques lui conférant un statut de sainteté. C’est pour cela qu’elle est devenue l’un des emblèmes de l’Empereur. Le torero voulant devenir un Empereur du monde tauromachique, doit avant tout maîtriser sa verticalité, l’horizontalité du toro, donc cette équerre symbolique, en respectant aussi les valeurs de probité et de justice qu’elle représente. Et pour cela, il lui faudra bâtir son œuvre suivant les règles de l’architecture taurine, savoir représenter une équerre en forme de « T »et non pas de « L » comme l’on a tendance à le voir trop souvent. Donner la bonne proportion aux branches de l’équerres, c’est savoir donner coordonner l’harmonie de la verticalité et de l’horizontalité, et donc respecter les fondements du toreo, de la lidia.


« Une saison sans taureaux » de Nadège Vidal, éditions Cairn, mars 2009. ISBN 978-2-35068-138-2.

lundi 20 juillet 2009

Tomber la chemise ?


La feria de Pamplona, qui célèbre son Saint en plein été alors que la fête réelle est en automne, est l’une des principales fêtes taurines de la temporada, de part ses particularités ainsi que sa position à moitié du calendrier taurin européen. De ses particularités, l’on retiendra celle de présenter des bichos au trapio impressionnant, mais celle consistant dans la singularité de son public. De réputation internationale, notamment suite à l’œuvre d’Ernest Hemingway, une multitude de nationalités se retrouvent tous les ans entre le 7 et le 14 juillet. Au-delà des différences, cette unité se créée autour de la fête du toro, même si les anti-taurins seront plus prompt à retenir le côté festif en le ramenant à une simple beuverie géante. Mais passons outre ces clichés, que seuls les esprits mal intentionnés aux désirs obscurantistes désirent généraliser, pour nous arrêter un instant sur un aspect des San Fermines et de son public.

Toute personne qui a entendue au moins une fois parler de la feria de Pamplona, sait que le matin est procédé au lâché des toros qui seront combattu le soir par les toreros, un encierro dont le parcours dans les rues de la cité navarraise se déroule immuablement du corral de Santo Domingo à la plaza de toros. Les encierros de Pamplona sont de réputation mondiale, l’on y a vu des toreros de renom le courir, d’Antonio Ordoñez à Luis-Francisco Esplá, en passant par Emilio Muñoz ou bien Francisco Rivera « Paquirri ».
Une autre image que retiendra l’observateur, est la tenue vestimentaire de ceux et celles venus célébrer San Fermin. Un pantalon blanc, un haut de la même couleur, le tout rehaussé d’un foulard rouge noué autour du coup. Du plus humble au plus illustre, du simple touriste à Madame le Maire en passant par l’aficionado a los toros, les participants à cette semaine de fête sont ainsi vêtus.

Le port d’une tenue vestimentaire à toujours fait l’objet d’intérêts, qu’ils soient approbateurs ou bien réprobateurs. Le vêtement servant à couvrir le corps, pris rapidement des orientations symboliques ou encore démonstratives. Des tenues mais aussi couleurs, réservées à quelques catégories sociales, afin de se reconnaître entre eux, voire pour cataloguer certains peuples. Des juifs, à qui dès 1269 il a été imposé le port d’un cercle jaune (la rouelle) qui fût repris sous une autre forme quelques siècles plus tard, aux styles des différentes jeunesses, le port du vêtement nous informe, nous parle, de la personnalité, de l’appartenance de celui ou celle qui le porte. Un vêtement, qu’il soit religieux ou laïque, permet de séparer l’homme de la nature, mais pas de sa nature. Une séparation de La nature, car l’homme né nu, et dès la naissance on lui fait porter un vêtement, ce qui est considéré comme un premier acte de civilisation dans notre culture occidentale. Mais l’être humain n’est pas séparé de Sa nature, car le vêtement qui a évolué tout au long de l’histoire, évolue aussi avec celui ou celle qui le porte.

Le vêtement est un élément qui cache et qui montre, de sa fonction érotique et ce bien avant Tamar qui séduit Juda avec son voile de séduction, à celle d’élément constitutif de groupe humain. C’est en ce sens que l’ensemble des mouvements religieux ou bien philosophiques attachent énormément d’importance aux vêtements. Afin de poursuivre la ligne directrice de ces colonnes, et qui semble en faire tout l’intérêt des visiteurs assidus de plus en plus nombreux, il est intéressant de noter qu’un mouvement philosophique comme la franc-maçonnerie, accorde une grande place au vêtement. Une importance frisant parfois avec l’orthodoxie concernant le port du costume sombre, de la chemise blanche et de la cravate. Mais hormis cet aspect provenant d’un dogmatisme issue du monde profane, le vêtement dans la symbolique de la franc-maçonnerie, est surtout le tablier accompagné des gants voire du cordon à partir du troisième degré. Se vêtir de la sorte peut paraître désuet à notre époque, pourtant ce qui ne porte à aucune critique lorsqu’il s’agit de confréries gastronomiques ou viticoles, prête à sarcasmes lorsqu’il s’agit de la franc-maçonnerie. Même si la tenue d’une confrérie peut avoir une connotation « folklorique » aux yeux du quidam, elle possède toute son importance dans sa portée rituélique et symbolique, à l’identique de ce que pratiquent les francs-maçons. Si pour quelques uns le tablier et les gants sont à arborer comme les décorations militaires, pour la majeure partie des protagonistes maçonniques, ce vêtement est nécessaire à l’interprétation, l’imprégnation du rite. Le port du vêtement fait parti des gestes préliminaires pour la préparation, la mise en place de ce dernier.

En ce sens, même si cela doit déplaire à une catégorie de passionnés taurins, nous autres aficionados a los toros, partageons cet aspect avec les mouvements religieux et philosophiques et donc la franc-maçonnerie. Nous sommes intéressés par le vêtement, et pas seulement par l’attention esthétique ou bien technique de la réalisation du traje de luce des toreros. Cet intérêt est fortement visible sur les tendidos, où se retrouve un fort pourcentage de personnes arborant soit une chemise à connotation camarguaise ou aux représentations taurines, soit une tenue dérivée de la tradition pamplonaise, ceci sans compter de quelques dames porteuses de coiffes ou robes de mouvances andalouses. Parmi ce monde amateur de corrida, l’on rencontre des personnes qui jouent, voire parfois se jouent, un rôle, celui de l’aficionado. Il ne faut pas entendre ici le verbe jouer avec une notion péjorative, mais bien dans le sens d’interpréter.

Car pour apprécier la tauromachie, ou tout du moins la corrida, certains ont besoins d’interpréter l’aficionado. Ceci afin de se sentir appartenir à un groupe, une uniformité d’agir et de penser recherchée, car rassurante devant les incertitudes de la vie. Mais aussi une interprétation requise à l’image de ce qui vient d’être évoqué concernant les confréries, mouvements religieux ou encore philosophiques, où l’amateur de corrida éprouve ce besoin d’imprégnation et d’interprétation du rite taurin qu’il traduit par le port d’un vêtement particulier pour la circonstance. A l’opposé, l’on trouve des aficionados a los toros qui n’éprouvent aucunement ce besoin de changement vestimentaire pour se rendre aux arènes. Afin de s’imprégner et d’interpréter le rite auquel ils vont assister, ils effectuent une démarche simplement intellectuelle, cette seule démarche leur suffit pour réaliser l’acte taurin. Les soucis, interrogations et autres métaux extra-tauromachiques sont laissés à la porte temple taurin, sans artifices vestimentaires.

Il n’est pas question ici de désigner un comportement plus inapproprié que l’autre, si ce n’est la « dangerosité » de l’accoutrement vestimentaire lorsque ce dernier n’est effectué qu’avec le seul souci de se sentir appartenir au groupe. Car le résultat insidieusement obtenu, est de gommer la personnalité propre, de vivre à travers l’image des autres sans prendre cas de sa propre personne. Un peu comme, même si c’est dans un autre registre, cet aficionado chevronné croisé à au stand d’un libraire aux abords des arènes de Céret, qui donnant son avis sur un livre en pointant l’objet de son index vengeur, affirme « Il paraît que ce n’est pas bien ». Livrant sa sentence à ses amis sans que jamais ceux-ci ne lui fassent remarquer que sa critique était impersonnelle et simplement basée sur le « il paraît que » comme d’autres ne s’expriment que par des « On m’a dit que » où ne faisant qu’étaler des citations d’autrui. Devant une telle attitude impersonnelle, il est a espérer que cet aficionado chevronné, qui était en compagnie d’un rédacteur de la doyenne des revues taurines, ne s’exprime pas dans ces colonnes. C’est donc cela que l’aficionado doit éviter, en s’interrogeant sur la manière dont il s’approprie le vêtement avec lequel il se rend aux arènes.

Le vêtement que nous aficionados a los toros portons pour aller sur les tendidos, doit avant tout correspondre à ce que nous sommes, et non pas nous formater vis-à-vis de la masse, un peu comme ces francs-maçons réfractaires à une certaine orthodoxie vestimentaire qui gomme les personnalités. Etre soi-même, afin que le pouvoir ne prenne pas l’imagination, c’est ainsi libre que notre intellect s’imprègnera et communiera correctement avec le rite taurin.

mardi 14 juillet 2009

Taurophobie, 3è et dernière partie.


Afin d’en terminer avec les propos sur la taurophobie juxtaposée avec la maçonnophobie, démarche entreprise depuis le 4 juin avec deux articles précédemment publiés sur ces colonnes, il semblait intéressant de s’arrêter rapidement sur une ultime curiosité idéologique.

Parmi les anti-taurins connus mais aussi anonymes, l’on en trouve aux sensibilités libertaires voire totalement anarchistes, qui ne contestent nullement les parodies de procès comme celle présentée dans le dernier texte traitant de l’anti-taurinisme primaire. Ces réfractaires à toutes formes de justice étatique, acceptent sans mot dire que leur combat puisse se réfugier à l’ombre d’un tribunal, mais aussi à l’abris de propositions de lois pour que la tauromachie soit interdite, alors qu’en d’autres termes ils crient haut et fort qu’ils rejettent les lois. Ils en appellent au législateur, pour lequel ils ne prennent même pas le temps de ce déplacer pour aller voter en d’autres circonstances.
Ces « amoureux » des libertés, qui sont souvent vus dans des manifestations pour la défense des intérêts régionaux, pour la valorisation des langues minoritaires, pour les reconnaissances des particularismes des régions, se contredisent en soutenant des actions contre la corrida. La corrida qui en France, fait partie intégrante d’un particularisme régional, et par conséquent, qui devrait être défendue sur le fond par ceux et celles qui militent pour faire reconnaître et vivre en toute liberté les régions.

Dans la même veine, aimant ainsi s’en prendre à ce qui n’est pas comme eux, désireux de détourner à leur profit le moindre sujet, des libertaires n’hésitent pas à qualifier l’engagement maçonnique de leurs illustres aînés véritablement humanistes que sont Bakounine, Proudhon, Louise Michel, comme n’ayant été le fait que de quelques « têtes d’affiches » du mouvement anarchiste n’ayant pas eut vraiment le choix pour ce qu’il en était de trouver quelques havres de paix et un minimum de solidarité susceptible de desserrer d’un cran le nœud coulant d’une répression particulièrement féroce, comme il est écrit dans un article publié dans la revue « l’émancipation syndicale et pédagogique » au mois de février 2007.
Prenant exemple d’un événement survenu à Saragosse en 1936 lors de la guerre d’Espagne, où un franc-maçon pacifiste de la C.N.T. prit langue avec un général factieux franc-maçon, et qui découla sur la tuerie de 15 000 militants libertaires, l’auteur de cet article conclue son exposé en précisant que plus que jamais, il est donc nécessaire de clamer haut et fort : « ni dieu, ni maître, ni franc-maçonnerie ».
Comme le fait l’auteur du cours d’anti-tauromachie évoqué ici-même il y a quelques semaines, texte dans lequel le monde taurin est qualifié de proche des régimes totalitaires avec pour simple exemple une photographie sortie de son contexte historique, pour un acte qui a malheureusement engendré une tuerie humaine la sentence contre les francs-maçons tombe, ferme et définitive, sans appel.

A cette idéologie libertaire, anarchiste, qui dans ses fondements est réellement humaniste, comme le démontra l’ancien novillero et militant anarchiste Melchor Rodriguez, il ne faut pas oublier un autre courant de pensée où l’on retrouve des personnalités hostiles à la tauromachie, et dont l’idéologie politique l’est aussi envers la franc-maçonnerie. Il s’agit de la pensée communiste.

Léon Trotsky évoqua parfaitement en 1922 l’animosité qu’il éprouve envers les francs-maçons, offrant à ses « camarades » une perception toute personnelle du sujet édictée en véritable dogme. Pour le leader du courant qui portera son nom, la franc-maçonnerie n’est en somme qu’une contrefaçon petite bourgeoise du catholicisme féodal par ses racines historiques. Il l’accuse d’être une partie non officielle, mais extrêmement importante, du régime bourgeois, affirmant aussi que les loges étouffent et souillent les âmes au nom de la fraternité. Faisant preuve d’une grande intolérance envers ses camarades, Trotsky écrit qu’ils peuvent rougir de honte en apprenant que dans les rangs d’un Parti Communiste il y a des gens qui complètent l’idée de la dictature du prolétariat par la fraternisation dans les tenues maçonniques avec les dissidents, les radicaux, les avocats et les banquiers. Allant jusqu’à conclure son intervention en affirmant que la franc-maçonnerie est une plaie mauvaise sur le corps du communisme français. Il faut la marquer au fer rouge. Cette dernière phrase aurait-elle suggérée une idée aux protecteurs animaliers anglais radicaux, qui ont marqués au fer rouge de leurs initiales associatives un journaliste qui enquêtait sur leurs pratiques ?

Mais là où cette aversion de la franc-maçonnerie trouve à merveille son pendant dans la cause anti-taurine, est lorsque Léon Trotsky souhaite qu’une lame impitoyable tranche une fois pour toute les liens politiques, philosophiques, moraux et mystiques qui rattachent encore la tête de son Parti aux organes déclarés ou masqués de la démocratie bourgeoise, à ses loges, à ses ligues, à sa presse. Si ce coup d’épée laisse par delà les murs de notre Parti quelques centaines et même quelques milliers de cadavres politiques, tant pis pour eux . Afin d’imposer son point de vue, le leader trotskyste en appelle à la guerre fratricide. Ceci au même titre que les mouvements de protections animaliers composés de militants de toutes sensibilités politiques dont bon nombre aux idéaux d’extrême gauche, ne sont pas gênés par la perte d’animaux du moment où d’autres sont sauvés, comme cela fût observé lors d’une intervention contre la chasse à courre en France pendant l’année 2007 et lors de laquelle des chiens d’équipages sont morts de chaleur dans les camions bloqués par les militants animaliers. Les « amis » des animaux ne s’en sont pas émus, dès l’instant où un chevreuil en ce cas précis, fût « sauvé » par eux comme ils ont pu l’affirmer devant les caméras de télévision.

Tout comme Léon Trotsky s’en prenait avec forte violence et proférait un enseignement dogmatique contre la franc-maçonnerie, ses descendants idéologiques d’aujourd’hui s’en prennent aussi aux aficionados qui sont moins nombreux et donc plus faciles à combattre que leurs adversaires directs prônant haut et fort le capitalisme. En fustigeant la franc-maçonnerie, Trotsky ne faisait qu’ouvrir un parapluie politique vis à vis d’une éventuelle mise en échec de son système de pensée. De nos jours, les descendants idéologiques des dignitaires de la pensée communiste s’attaquants à la tauromachie, évitent de la sorte de mettre en lumière l’échec de leur idéal politique qui n’a pas réussi à protéger l’Homme face au capitalisme.

Des élus du PCF, au nombre de trois, par une proposition de loi déposée au mois de décembre 2007, ont demandé à ce que l’accès aux arènes où tout autre lieu où est organisée une course de taureaux comportant la mise à mort d’un animal, est interdit aux mineurs de mois de quinze ans. Pendant que les trois personnalités communistes issus de départements non imprégnés de tradition taurine, puisque élus en Seine-Saint-Denis, Nord et la Seine-Maritime, passent leur temps, leur énergie à vouloir légiférer contre la tauromachie qui ne concerne pas leurs départements respectifs, ils ne peuvent être pleinement acteurs afin de résoudre les problèmes rencontrés au sein de leurs circonscriptions. Mais avant de s’en prendre aux corridas qui ne se déroulent pas dans leurs régions, n’y a-t-il pas plus grave à combattre pour eux, n’y a-t-il pas mieux à faire pour aider les jeunes en difficultés dans leurs départements, que de vouloir interdire l’entrée d’un spectacle donné loin de leurs contrées ?

A la lecture des trois textes proposés ici-même depuis le 4 juin, il est donc aisé de constater qu’existe un fort lien entre la franc-maçonnerie et de la tauromachie concernant les attaques dont elles ont été respectivement les cibles dans le passé, mais aussi encore de nos jours. Outre les maintenant traditionnelles accusations communes de secte, maffia et autre qualifications, il convient de constater que ce qui fait l’un des fonds de commerce des maçonnophobes et des taurophobes, ne trouve sa motricité que dans l’ordre du fantasme collectif.

Le fantasme, dénominateur commun des structures des l’idéologies anti-maçonnique et anti-taurines, qui, il faut bien l’avouer, arrivent sans peine à endoctriner le quidam peu soucieux de rechercher Sa Vérité. Car il est bien plus facile et bien moins fatiguant de boire les paroles des autres, que chercher à comprendre sans travailler soi même à minima, à l’édification de ses idéaux. Les adversaires les plus virulents de la franc-maçonnerie mais aussi ceux de la tauromachie, l’ont bien compris depuis fort longtemps, et tant que le fantasme aura une influence sur les esprits peux soucieux de vérités, leurs actions perdureront.

Il est à noter que ces affirmations diffusées sur le net il y à plusieurs mois et prêtées au torero Rafael Jimenez « Chiquilin » après qu’il est annoncé qu’il ne voulait plus combattre les taureaux parce que grâce à son chien il a aperçu l’amour des bêtes, ont toutes été agrémentées de commentaires parlant de repentance de la part du torero. Nous retrouvons la notion de bien et de mal qui amène l’homme à devoir se repentir, notion chère aux moralisateurs dogmatiques, qui estiment être eux seuls dans le droit chemin.
Tout comme la franc-maçonnerie est combattue par les Eglises, les adversaires de la tauromachie calquent leurs attitudes sur le dogme de leur religion de la nature, sans laisser de place aux autres sensibilités. Pour eux l’amour des animaux est absent des cœurs des aficionados, ils pensent être les seuls détenteurs d’une réelle sensibilité envers les espèces animales. Pour qu’un aficionado ou un torero trouve grâce à leurs yeux, seuls des actes de repentances comme celui de « Chiquilin » sont concevables. Une repentance, qui pour être complète, doit passer par un rejet total de la « souffrance animale » qu’engendre une alimentation carnée. Pour entrer dans le droit chemin, leur droit chemin, ils invitent et incitent fortement à se nourrir de façon végétales, à devenir végétariens voir végétaliens, comme ils le profèrent sur de nombreux sites ou autres forums accessibles sur la toile, car pour les « naturolatres », la salade ainsi que les autres végétaux ne démontrent pas de souffrance lorsqu’ils sont arrachés.

La franc-maçonnerie n’échappe par à la règle de repentance, d’anciens francs-maçons s’expriment sur le net comme si ils devaient expier une faute, une honte, en rejetant le mouvement philosophique auquel ils ont pourtant adhérés de nombreuses années et dont ils ont eu pour certains, des responsabilités. Ces ex francs-maçons invitent le quidam à ne surtout pas approcher les « frères », et à leurs anciens amis, de fuir le mouvement. Ces actes de repentances sont bien entendue repris par les adversaires de la franc-maçonnerie, d’autant plus apprécié par une partie des anti-maçons, lorsque ces actes de repentances passent par le message de l’Evangile.


Ce rapide tour d’horizon débuté par un premier texte publié sur ces colonnes le 4 juin, augmenté par un second le 21 du même mois, permet de constater les lignes directrices communes empruntées par les différents contempteurs que peuvent avoir en commun les francs-maçons et les aficionados. Mensonges, fantasmes, haine, sont le flot quotidien des attaques portées contre les aficionados, dans la pure tradition populiste déployée par les adversaires des francs-maçons, qu’ils soient de sensibilités politiques de droite comme de gauche. Le lecteur assidu ou bien occasionnel de ce blog, aura tout le loisir si il le souhaite, d’approfondir cet aperçu de l’anti-maçonnisme et de la taurophobie, les documents sur la toile ainsi que les livres ne manquent pas. Afin de mieux cerner ce que peut cacher la taurophobie que nous aficionados a los toros rencontrons de plus en plus souvent, il paraissait intéressant et important de prendre le temps d’effectuer cette juxtaposition idéologique lors de ces trois textes, afin de démontrer les similitudes qui peuvent exister entre deux sujets qui ne laissent pas indifférent, et ainsi de mieux comprendre ce qu'il peut se cacher derrière certains idéaux sociétaux.

jeudi 2 juillet 2009

LIEUX INTEMPORELS


Un idéal prend réellement force et vigueur, lorsqu’il est possible de communier autour des actes et des valeurs qu’il représente en quelques endroits où l’on se trouve. Pour cela, il ne faut pas que ces actes et valeurs puissent se vivrent en un lieu de célébration défini, mais que l’endroit soit bien intemporel. Si il existe un idéal possédant encore cette dimension dans notre société, et dont la célébration symbolique et rituélique entre dans ce cadre, il s’agit bien de la tauromachie.

Comme chacun le sait, le lieu cérémoniel de la célébration du culte du toro, se trouve dans une arène construite à cet effet. Une arène dont la structure reste fixe à longueur d’année, une plaza de toros mais aussi des placitas aménagées ponctuellement. Ce qui fait une plaza de toros, n’est pas tant l’édifice en lui-même, mais bien ce qui le créé et en reflète l’esprit. Une arène, même antique, dépourvu des traditionnelles barrières de bois, de la piste en sable, de quelques portes de toril et cuadrilla, ne fera pas frémir l’émotion taurine de l’aficionado a los toros. Il pourra ressentir une sensation à la vue de la structure et de ce qu’elle représente aux yeux de l’histoire, mais très certainement pas un sentiment taurin.

Afin de permettre l’expression de l’égrégor émanant de la foule humaine créant, grâce à sa particularité, une osmose humaine vis-à-vis de l’acte, la fibre tauromachique doit se dégager du lieu. Cette fibre ne s’inscrit pas dans les murs d’un bâtiment, mais dans le déroulement de l’acte taurin, se structurant et se consolidant à partir de la cérémonie d’ouverture. Toute prestation tauromachique se voit dotée de ce cérémonial, le paseo bien entendu, mais aussi l’installation des protagonistes même lors de la plus petite capea. Car même sous une apparence parfois anarchique, les acteurs d’une capea suivent bien un rituel d’ouverture.

S’intéresser à la culture et l’histoire méridionale, permet de comprendre comment la tradition tauromachique a pris racine, mais aussi de percevoir que l’ensemble des terres taurines françaises ont souvent offertes un bon accueil, et ce dès leurs apparitions, aux croyances ou philosophies pouvant ce vivre dans des lieux intemporels. La plus célèbre des ces religions, fût celle de l’église Cathare, qu’une autre église qualifia d’hérétique, et qui sous ce prétexte, en profita pour annexer les terres occitanes au royaume de France il y a 800 ans. La religion Cathare refusait le luxe mais aussi les lieux de cultes, elle était composée de deux rites, le méliorament et l’endura, ainsi que d’une cérémonie, le consolament. Cette dernière se réalisait dans un lieu discret, sanctuarisé pour l’occasion.

Si la religion Cathare n’a pas survécu aux persécutions, du moins dans sa forme originelle puisque certains s’évertuent à faire vivre un prétendu esprit cathare et donc réalisent l’interprétation d’un culte longtemps interrompu et à la mémoire véritable perdue, d’autres courants aux célébrations intemporelles ce sont bien ancrés dans les terres méridionales. Poursuivant l’esprit qui a motivé la mise en ligne de ce blog, il convient donc de s’arrêter sur l’un de ces courants philosophiques qui pris racine dans le midi dès son arrivée en France dans le premier tiers du XVIIIè siècle, la franc-maçonnerie.

A l’identique des corridas de toros, une réunion de francs-maçons se déroule dans un lieu dénommé « temple » au cœur d’un édifice construit à cet effet par raisons de commodités. Commodités contemporaines, mais aussi soucis de discrétion, car à l’origine, les assemblées se réunissaient dans les arrières salles de tavernes anglaises. Dans le temple se réunit une loge, composée de francs-maçons et de francs-maçonnes. Comme pour la corrida où l’arène est le temple, les toreros différents à chacune des courses sont comparables au francs-maçons qui diffèrent d’une loge à l’autre. La loge se constitue grâce à un cérémoniel d’ouverture ritualisé, qui permet de positionner les différents outils symboliques nécessaires à l’harmonie et à l’égrégor.

L’exemple contemporain le plus marquant de cette intemporalité d’une loge et dans laquelle l’harmonie se propagea, est l’histoire de la loge « Liberté Chérie », constituée dans le baraquement numéro 6 du camp de concentration Emslandlager VII de Esterwegen. Sept prisonniers de nationalités belges et surtout francs-maçons, ont le 15 novembre 1943, créé une loge maçonnique en ce lieu de mort. Une loge qui initia même un autre prisonnier, et qui travailla sous la couverture de prêtres catholiques eux aussi retenus par les nazis, qui surveillaient le baraquement pendant le déroulement des réunions. Les divers témoignages rapportent que les sujets abordés étaient de l’ordre de ceux étudiés dans toute loge, sociétaux comme philosophiques. Le rituel était des plus simples et se déroulaient autour d’une table. Rien à voir donc avec certains édifices maçonniques démesurément grands, et de quelques décors plus rutilants que les rues d’une grande ville à la période de Noël. Cette loge créée dans de terribles conditions, a pu vivre grâce à la volonté humaine dans un lieu éphémère, effacé après chaque réunion, mais dont les protagonistes ont donné force et vigueur.

La religion Cathare en son temps, la franc-maçonnerie et la tauromachie depuis leur avènement,, se vivent, se réalisent en un endroit sacralisé mais éphémère. Les arènes sont rendues aptes à célébrer le combat entre l’homme et le toro, par un rite de sanctification qui prend force et vigueur dès l’entrée des différents acteurs, et sous l’accompagnement des spectateurs. Car rendre un lieu sacré afin de réaliser le rite, ne peut se faire sans l’ensemble des individus, ainsi tous acteurs de l’égrégor.
Même si l’aspect initiatique des aficionados a los toros pour qui la tauromachie n’est pas que le seul fait de voir une corrida, fait de plus en plus souvent défaut sur les tendidos, la réunion des acteurs arrive encore à offrir un caractère sacré au déroulement du combat. La part importante, comme l’affirment certains exégètes des mouvements philosophiques, en étant le rituel, qui contribue à révéler à la pleine lumière le caractère intérieur, spirituel et spéculatif, ceci étant valable pour le temple moral, et applicable au temple religieux, philosophique mais encore taurin.

Une fois le rite accompli, le temple, l’arène, redeviennent des endroits insignifiants, qui pourraient accueillir tout genre de manifestation. Ces lieux éphémères retournent à leurs sens premiers en attendant la prochaine célébration, qui l’espace d’un temps mesuré, redeviendra sacré.