mardi 27 octobre 2009

Le matador et la diva.


Il est des sujets pour lesquels l’on porte un certain intérêt, et dont l’origine de l’attrait est parfois des plus surprenante. Même si l’afición a los toros est née dès l’enfance, il est courant bien des années plus tard, de faire des découvertes permettant la poursuite du cheminement sur la terre des toros. Cette terre taurine, indissociable de la terre des hommes, cette culture taurine, inséparable de la culture Humaine, et ce depuis des siècles.
Les avis étant subjectifs, chacun et chacune aura une représentation bien personnelle de cette alliance taurino-humaine. En général, il s’agit d’un torero, dont les prestations dans les ruedos mais aussi en la calle, rassemblent l’idée même que l’on se fait de la vie et de la corrida de toros. Je ne peux cacher que parmi les toreros contemporains, Francisco Rivera « Paquirri », Christian Montcouquiol « Niméño II » et Victor Mendes ont marqué mon afición. Au début du XXè siècle, c’est José Gomèz « Josélito », qui paraît le plus représenter mon idéal taurin, de par sa conception de la tauromachie*. Mais si il est un torero pour lequel mon intérêt est grand et ce pour diverses raisons, il s’agit bien de Luis Mazzantini.

Déjà évoqué sur ces colonnes à quelques reprises, je ne peux m’empêcher d’aborder une nouvelle fois ce matador, mais non pas sous son passé de franc-maçon comme réalisé dernièrement. Cette fois-ci il s’agit d’un article lu il y a plus de 18 mois, signé de Manuel Henríquez Lagarde, et intitulé El matador y la diva.
Même si il est certain que les amants furent discrets sur leurs amours, et que dans pareils cas l’on ne peut pas empêcher la rumeur de s’établir ainsi que les idées les plus folles, ce texte cubain comme d’autres, renseigne l’aficionado sur quelques points. Des points, des pierres, de l’édifice taurin qui peuvent paraître anodins, mais qui mis bout à bout avec patience, permettent de construire le puzzle d’une certaine époque tauromachique.

L’on passera aisément sur la façon décrite de manière quelque peu romancée, dont la diva et le matador ont été respectivement accueillis en terres cubaines. Par contre, l’on retrouve une fois de plus les accointances entre Don Luis et l’aristocratie, où le maestro rencontre entre autre la comtesse Fernandina. Mais il est dit aussi que c’est Luis Mazzantini acteur qui conquis d’abord la société havanaise, lors d’une représentation théâtrale au bénéfice du collège des petites filles de Jésus del Monte. Il joua dans une œuvre de Julian Casal, intitulée Echar la nave.

Luis Mazzantini tomba d’admiration pour Sarah Bernhardt, au point, un soir de représentation, de se diriger vers sa loge, accompagné par deux hommes de sa cuadrilla, à savoir Diego Cuatro Debos y Babila. Mais la rencontre fût des plus furtives, à peine quelques mots échangés de manière très brève, un dénommé Marty Gutiérez faisant barrage devant la loge.

Concernant le premier nommé des hommes accompagnant Don Luis, il semble s’agir plus exactement de Diego Prieto Barrera « Cuatro-Dedos ». Il est écrit dans l’hebdomadaire taurin « El Ruedo » en date du 23 octobre 1952, que don Diego est né à Coria del Rio (Sevilla) le 15 janvier 1858, alors que le « Cossio » donne comme date de naissance le 28 janvier 1856, et qu’il décéda à Mejico le 16 février 1918. Diego Prieto Barrera torea avec bon nombre de figuras. L’on retrouve aussi Diego Prieto en compagnie de Tomas Mazzantini, frère de Luis, en 1884. Apprécié aux Amériques, Don Diego, matador de toros de second plan en Espagne, est défini comme un torero bon muletero et estoqueador. Il semblerait donc que « Cuatro-Dedos » ne fût pas présent à La Havana en tant que membre de la cuadrilla mazzantinienne, mais en qualité de matador. Ce que semble confirmer la suite de la lecture du texte initial, puisqu’il y est dit que lors de la corrida du 23 janvier 1888, en la plaza de toros cubaine de Belascoaín, les deux premiers bichos furent facilement dominés par Mazzantini et « Cuatro-Dedos ».

Luis Mazzantini, qui réussit involontairement à répandre sa mode vestimentaire à la haute société havanaise, ne remplit pas les arènes malgré sa présence au cartel lors de cette journée de janvier. Ce fût même une course où le diestro parût couard à quelques reprises, pour se reprendre par la suite. L’on apprend aussi lors de la tarde cubaine, que le castoreño nommé Cantares, fût malmené par le troisième toro de la tarde, qui échut à Don Luis. Malmené le picador, au point de voir son maestro venir au quite. Les corridas cubaines étaient avec piques et mises à mort.

A l’issue de la corrida à laquelle Luis Mazzantini venait de participer dans un costume vert et argent, et lors de laquelle il s’était permis de poser une paire de banderilles, le maestro rentra à l’hôtel d’Angleterre, qui s’enorgueillit encore de nos jours d’avoir reçu Luis Mazzantini et Sarah Bernhardt en ses murs. La, un garçon l’attendait avec une carte sur laquelle il était noté que les mots entendus dans la loge étaient insuffisants. C’est alors que Don Luis alla à « l’hôtel Petit » où était logée l’actrice.

La légende qui semble s’être construite autour de cet amour entre le torero et l’actrice française, amène à évoquer des faits qui paraissent très surprenants. Comme par exemple dans ce texte de Manuel Henríquez Lagarde, où il est évoqué une scène quelque peu intrigante.
Invité à entrer dans la chambre de l’actrice, Don Luis se déshabille et se couche dans le cercueil qui, d’après les dires, accompagne toujours « La voix d’or », et l’invite à le rejoindre. Ainsi couchés dans les bras l’un de l’autre, Sarah Bernhardt lança tu vois, c’est le monde, l’amour, toutes les grandes choses, une ligne simple, une limite imperceptible entre la vie et la mort. Les amants s’embrassèrent, au milieu des cris des animaux qui accompagnaient l’actrice et logeaient eux-aussi dans sa chambre.

Nous laisserons aux lecteurs et lectrices de ces colonnes, le soin d’apporter l’intérêt qu’il ou elle jugera utile à cette dernière scène, incongrue et totalement décalée vis à vis de l’image que l’on peut avoir notamment du torero. Mais il est à souligner que même si l’imagination de l’auteur initial du texte semble ici débordante, une photographie parue en 1903 dans un magazine américain, représente l’actrice se reposant dans sa maison et dans un cercueil. Sarah, qui a l’âge de 15 ans, déjà excentrique et morbide, faisait la sieste dans le cercueil qu’elle s’était acheté.

Une semaine après la naissance de cet amour et la corrida de la plaza de Belacoaín, le périodique La voz de Cuba, informe du déroulement de la corrida a puerta cerrada, que Luis Mazzantini donna en l’honneur de Sarah Bernhardt. Et le journaliste de la voix de Cuba de conclure son article de 1888, ved aquí los frutos de la estrecha alianza y de la íntima unión entre una ilustre trágica francesa y un matador de toros español.


* L’on peut lire à ce sujet l’excellent livre de Joël Bartolotti intitulé « Gallito, matador de toros, de l’enfant roi au Dieu mortel » (Editions UBTF, 1997).

mardi 20 octobre 2009

José Manzano y Pelayo "El Nili".


Parmi les quelques noms de toreros qui furent francs-maçons, l’on peut mentionner celui de José Manzano y Pelayo, connut dans les ruedos sous l’apodo de « El Nili ». Comme pour bon nombre de ses coreligionnaires, nous n’avons pas traces précises des activités maçonniques de « El Nili », mais son état d’initié aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie, est rapporté dans quelques textes de la façon suivante, el dia 1.° noviembre de 1869 falleció en Sevilla, costeando su entierro los hermanos de la escuadra y del compás, pues ya he dicho que fué francmasón.

C’est dans ce même texte de Don Ventura, relatant brièvement la carrière taurine de El Nili, que l’auteur ironise quelque peu, en précisant que le fait d’avoir été franc-maçon n’a pas empêché José Manzano y Pelayo d’être un bon torero, et qu’être membre d’une loge maçonnique ne semble pas avoir annulé ses qualités de liliador. Bernardo Casielles Puerta, Luis Mazzantini et dans un autre registre « Cantinflas », démontrent en effet qu’être franc-maçon n’est pas incompatible avec les métiers des arènes, ni par ailleurs avec d’autres activités.

Si l’on osait, l’on pourrait coller à la mode de voir du symbolisme maçonnique partout, et dire que El Nili était prédestiné à entrer en franc-maçonnerie, puisque né en 1828, un 7 janvier. Le chiffre 7, combien important dans la symbolique maçonnique. Mais laissons ces élucubrations aux « journaux » adeptes des marronniers, et regardons de plus près la carrière de José Manzano y Pelayo « El Nili ».

En 1851 il est banderillero dans la cuadrilla de Manuel Trigo, et ensuite le 15 août 1857, c’est sa première apparition à Sevilla, sa ville natale. Durant les années 1857 et 1858, il alterne avec entre autre Cuchares, Cayetano, El Tato. Lors de son ultime corrida à Jaén le 15 août 1869, il était au cartel avec Lagartijo. Entre temps, il prît l’alternative a Granada le 15juin 1857, des mains des « El Gordito ».

Deux traits de caractères de José Manzano y Pelayo nous intéressent ici, car ils semblent bien en adéquation avec une initiation en franc-maçonnerie. Le premier étant celui de posséder un caractère indépendant, caractère qui l’a maintenu dans un certain isolement taurin. Cela peut paraître paradoxal d’être franc-maçon, d’appartenir à un groupe dont la fraternité est essentielle, et aimer être indépendant. Mais à bien y regarder, l’on trouve dans la conception même de la franc-maçonnerie, une démarche d’indépendance, aussi bien au niveau de la connaissance de soi que de la somme de travail à réaliser pour l’amélioration de l’Etre. Toutes ces démarches, dans quelques domaines qu’elles soient, ne sont que les fruits d’un travail individuel, réalisé par le seul intérêt porté au cheminement vers la quête, en totale indépendance justement. De plus, l’indépendance est souvent associée à l’esprit libertaire, et quelques spécialistes mais aussi des francs-maçons eux-mêmes, trouvent et ressentent une essence libertaire dans cette association philosophique. Comme l’a précisé entre autre Léo Campion, la vocation libertaire de la maçonnerie est indéniable. Il semblerait que le fonctionnement au sein des loges maçonniques ait séduit Campion, mais aussi Michel Bakounine, les trois frères Reclus (Élie, Élisée et Paul), Proudhon, Giuseppe Mazzini (qui proclama la République à Rome en 1848), et bien d’autres esprits indépendants.
Il est à noter que ce caractère indépendant prêté à José Manzano y Pelayo « El Nili », l’isola de la majeure partie du monde taurin, malgré qu’il fût un excellent torero, fin et classique. Il connaissait bien les secrets de sa profession. Le « Cossio » rapporte que ses contrats auraient été bien plus nombreux, si il avait été plus discret et discipliné dans l’arènes comme dans la rue. Discipliné dans l’arène, sûrement en rapport avec son grand manque de régularité dans la suerte suprême. Car il est connu que « El Nili » n’excellait absolument pas avec l’acier. Des échecs que le « Cossio » attribut à son caractère individualiste, admettant à grand-peine les leçons de ses confrères.

L’on peut s’interroger sur le pourquoi de cette notification du « Cossio » a propos du comportement dans la rue, à savoir le comportement sociétal, de notre torero. C’est ici que l’on retrouve le second trait de caractère de ce torero franc-maçon. Un engagement pour des valeurs, et notamment son engagement à Madrid auprès des chefs de la « Révolución de septiembre ». Comme on le sait, les toreros qui furent francs-maçons eurent des engagements sociétaux très forts. Casielles Puerta s’engagea aux côtés des Républicains pendant la guerre d’Espagne, Luis Mazzantini fût entre autre élu politique, et « Cantinflas » oeuvra énormément et le plus souvent dans l’ombre pour les plus démunies de ses compatriotes au point de ce voir proposer des hautes fonctions qu’il refusa.
Concernant « El Nili », être franc-maçon à cette époque des premières fortes implications des loges ibériques dans la société, associé à son fort caractère, ne pouvait que l’inciter à prendre une place au sein de « La septembrina ». A quel degré fût cet engagement, pour l’instant nous n’en savons rien, mais suffisamment important pour que le monde taurin l’isole. Il ne faut pas oublier que la première période de la franc-maçonnerie espagnole s’étend de 1800 à 1868, et que cette dernière était considérée comme hors la loi pendant les années 1833-1843 et ses membres étaient persécutés comme ils le seront aussi un siècle plus tard. Des gouvernements qui interdisent, un régime religieux qui s’associe à l’interdiction, il n’en faut pas plus pour marquer la conscience du peuple.

« El Nili » fût donc membre assez jeune de la franc-maçonnerie, puisque décédé à 41ans. L’on sait à la lecture de tableaux de loges ibériques, que cela n’était pas un cas isolé, alors qu’à notre époque, la moyenne d’âge est plus élevée et que la quarantaine est la tranche d’âge des postulants. La jeunesse et le tempérament de José Manzano y Pelayo « El Nili », l’ont probablement incité à prendre une place active dans sa loge.

Quoi qu’il en soit, José Manzano y Pelayo « El Nili » est le premier dans la chronologie des toreros francs-maçons connus à ce jour. L’histoire taurine n’a pas certes pas retenu son nom comme elle a pu le faire pour d’autres. L’on retient de nos jours son caractère indépendant, mais il a été fidèle à lui-même, sans se renier, passant au delà des déboires que cela lui apportait, un comportement comme cela doit et devrait l’être pour tout franc-maçon, mais aussi un véritable comportement de Torero.

jeudi 15 octobre 2009

Luis Mazzantini y Cuba


Il est des moments, où le travail de recherche nous mène à la découverte de choses inattendues. Cela s’est produit lors de la lecture d’un livre de Michel del Castillo, qui permit, même si ce n’était pas l’objet initial de la lecture, d’entamer par la suite de petites recherches à propos de Melchor Rodriguez ancien novillero et militant anarchiste. Ou bien au sujet de « Cantinflas », torero comique, acteur rival de Charlie Chaplin que ce dernier qualifiait de plus grand, et aussi franc-maçon. Mais encore, Bernardo Casielles Puerta, torero, franc-maçon et combattant républicain. Tout ceci fût déjà mentionné lors d’articles précédents sur ces colonnes, mais il fût aussi abordé ce court plaisir de croire un instant, avoir trouvé une piste vis à vis de l’impact de la mort en France de Espartéro. Plaisir éphémère, sur le seul fait de la lecture d’archives de la franc-maçonnerie espagnole, comme déjà raconté ici-même.

Mais parmi les acteurs taurins qui nous intéressent sur ce blog, bien entendu nous trouvons Luis Mazzantini. Torero que l’on ne présente plus aux aficionados, initiateur du sorteo, spécialiste de l’estocade a volapié, commissaire de police, responsable ferroviaire, un temps chanteur d’opéra, ou encore élu politique et franc-maçon. De Luis Mazzantini, autant sa carrière de matador est plus moins connue des aficionados et son activité de franc-maçon l’est beaucoup moins, autant il est souvent mentionné ses prétendues aventures sentimentales, notamment avec l’actrice Sarah Bernhardt,

A ce sujet, le site internet de « Habana Radio, émisora de la Oficina del Historiador de la Ciudad de la Habana », rapporte un article de Miguel Ernesto Gómez Masjuán en date du 14 décembre 2007, qui aborde rapidement la rencontre entre le matador et la diva. Leurs yeux se seraient croisés lors d’une vuelta du torero à l’issue de l’une de ses corridas cubaines, et plus précisément en cette année 1886. La romance veut que ce simple regard est captivé les futurs amants. Une romance qui va pousser le Don Luis à offrir une corrida a puerta cerrada, pour le seul plaisir de l’actrice. C’est du moins ce que rapporte l’auteur de la chronique, d’après un article de l’époque publié dans un journal français, « Le Figaro ».

Mais cette romance entre les deux célébrités d’alors, car il semblerait qu’ils n’ont pas été avérés par les intéressés eux-mêmes, ne sont bien entendu pas vérifiables. Par contre, ce qui est certain, c’est que Luis Mazzantini a marqué de son empreinte l’île cubaine, même et surtout au delà de l’afición. Torero de grande notoriété, cette dernière du fait de ses prestations dans les ruedos, mais aussi de par son parcours atypique avant d’en venir aux toros, Luis Mazzantini n’était en aucun cas la représentation parfaite de l’image du matador à cette époque. Atypique, il continua à l’être lorsqu’il se coupa la coleta, en embrassant une carrière politique, carrière désirée bien avant sa retraite taurine. Rares furent les toreros d’alors à s’impliquer avec une telle notoriété dans la vie de la cité. Bien entendu, il y eut des cas comme Melchior Rodriguez ou bien quelques autres, mais l’ensemble de ces matadors n’eurent pas la carrière taurine de Luis Mazzantini.

A Cuba, ce qui attire aussi l’attention vis à vis de Luis Mazzantini, c’est le financement par le torero de la construction du « Palais des cris » de la Havane. Ceci pouvant paraître surprenant. Mais au moment ou des obédiences maçonnique locales comme la « Gran Logia de la Isla Cubana » en 1880, s’occupaient tout d’abord à faire vivre trois écoles publiques, il se pourrait que des besoins pressants d’infrastructures aient été pointés. Don Luis n’était pas encore un homme politique, mais son envie d’embrasser une telle carrière était pourtant présente bien avant sa retraite des ruedos. En homme se voulant à l’écoute des besoins des autres, mais aussi ses relations avec des personnalités politiques comme des arts à l’époque, pourraient avoir inciter un tel geste. De plus, son activité maçonnique était forcément connue. Ces détracteurs savouraient un anti-maçonnisme primaire, se servant du fait qu’il soit initié pour faire valoir des prétendus passes droits afin d’avoir des contrats comme les corridas parisiennes de la rue Pergolèse, ou bien l’inauguration des arènes d’Oran. Des francs-maçons biterrois étaient aussi au courant de l’activité fraternelle de Don Luis, au point de la recevoir dans une loge de Béziers en 1882. Alors que dire des frères cubains, très impliqués dans la vie politique de l’époque, tout comme l’était le torero au point de rencontrer des hommes de pouvoir tels que William Jennings Bryan.

Ces point ont été soulevés dans « L’équerre, le compas, les toros », toutefois les recherches en ce domaine sont encore difficiles. Mais ce qui pourrait être rajouté, c’est qu’en homme de bonne volonté, le rapprochement avec son confrère et néanmoins rival Ponciano Diáz le prouve, Don Luis était peut être sensible à une sorte de diplomatie voulant apaiser les relations tendues alors entre Cuba et l’Espagne. Il ne faut pas oublier que la crise économique de 1866-1867, avait fait naître les premiers sentiments d’indépendance vis à vis de la couronne ibérique, et Luis Mazzantini n’était pas insensible notamment au roi Alfonso XIII. Quel meilleur « ambassadeur » qu’un torero célèbre, connaissant et pratiquant les codes de la « bonne société » mais aussi de la politique, de plus franc-maçon, pouvait se faire l’écho du soucis de l’Espagne envers cette terre de l’autre côté de l’océan ? Une terre où justement la franc-maçonnerie était bien présente depuis la fin du XVIII è siécle et plus précisément implanté à partir de 1804 grâce à un français, Jospeh Cerneau. Une franc-maçonnerie inquiétée par des premières persécutions lors de la crise des années 60, mais aussi quelque peu impliquée dès les prémices des désirs d’indépendance issues de cette époque. Une franc-maçonnerie, aussi partie prenante dans la création du « Parti Révolutionnaire Cubain ».

Le souvenir laissé par Luis Mazzantini en terres cubaines, pourrait ne pas être le seul fruit d’une supposée aventure amoureuse avec l’actrice française, ni de ses prestations tauromachiques. Ce point nous intrigue depuis déjà quelques temps, espérons qu’un jour prochain la lumière se fera sur cette part de la vie de Luis Mazzantini, franc-maçon et torero atypique.

mardi 6 octobre 2009

Qui et combien ?


Les deux sujets communément traités sur ces colonnes, et qui font l’intérêt, à la vue du nombre régulier de visiteurs, de ce blog atypique qui semble être unique en son genre, appellent à de multiples interrogations. Des interrogations initiées il y a déjà presque une quinzaine d’année, lorsque la curiosité poussa à porter un regard plus soutenu sur le mouvement philosophique qui nous intéresse principalement ici, et nous montra que en quelques domaines, il y a avait des accointances avec la tauromachie. A mesure des recherches et investigations, l’on arrive, même si l’on est qu’un modeste amateur, à dénicher des informations qui enlèvent certains doutes, mais d’autres informations qui aussi rajoutent des interrogations.

Et parmi ces nombreux questionnements, il en est un revenant fréquemment, qui est de savoir qui et combien de personnalités plus ou moins connues du mundillo, auraient pu être, voire ont été, membres de la franc-maçonnerie. Il n’est pas question ici de singer cette « presse » plus adepte du racolage que de la véritable information, et qui nous ressasse à intervalles réguliers les mêmes fantasmes de complots, pouvoirs, et autres ramifications supposées, jusqu’à parfois des liens imaginaires et surtout non vérifiés, avec le Prieuré de Sion voire l’affaire du trésor présumé de Rennes le Château*. Ces choses qui pourraient être risibles, mais qui en fait, attristent à l’idée qu’elles ne font que perdurer des idées reçues, que tout le monde sait n’être que le fruit de mauvaises intentions. Il n’est donc pas question de cela sur ces colonnes, et si l’interrogation sur qui et combien d’acteurs taurins ont été franc-maçons est toutefois bien la, c’est que pour l’aficionado a los toros véritablement passionné, il est des réponses pouvant être ainsi apportées notamment vis à vis de quelques acteurs taurins.

Mais outre les noms de toreros dont l’on sait qu’ils furent franc-maçons, comme Bernardo Casielles Puerta, « Cantinflas », Luis Mazzantini, il serait intéressant de savoir si d’autres acteurs, n’auraient pas eu les deux centres d’intérêts. Les informations étant assez difficiles à acquérir, notamment parce que la dernière dictature espagnole fît disparaître beaucoup de documents, et qu’il fût préférable aux franc-maçons de ne pas se faire connaître, ceci malgré que Franco était lui-même fils et frère de franc-maçon, quelques interrogations ne trouvent donc que des réponses supposées. A regarder l’histoire de la franc-maçonnerie espagnole, l’on constate des patronymes qui existent aussi dans le monde taurin. Comme entre autre Urquijo. Mais n’ayant à ce jour aucune information plus précise, malgré les investigations, qui espérons le, porterons leurs fruits assez rapidement, intéressons nous le temps d’un article à un autre domaine. A savoir la possibilité de franc-maçons impliqués dans la construction des arènes de Las Ventas.

Soyons honnêtes dès maintenant, il n’y a aucune réponse ferme et définitive à ce jour, tout n’est de l’ordre de la supposition. Mais à lire l’étude de Olivia Salmon Monviola intitulée « Une frontière dans la ville : les franc-maçons dans la ville de Madrid (1900-1936)** », l’on peut laisser aller l’imagination.

L’actuelle plaza de toros de Las Ventas à Madrid, située calle Alcalá, fût inaugurée le 21 octobre 1931. Nous sommes donc en pleine période étudiée par Olivia Salmon Monviola. Et à ce moment la, il est intéressant de noter que c’était sur la calle Alcalá qu’était situé le Café de Madrid qui était le point de rencontre des créateurs de la génération de 98 , mais aussi l’un des lieux emblématiques de la sociabilité culturelle madrilène, à savoir le Café del Gato Negro. Dans les cafés justement, se déroulaient les tertulias, tout comme aussi dans les rédactions des journaux. Ces rencontres principalement d’intellectuels, étaient informelles et quotidiennes, composantes d’un ensemble de sociabilité propre à la capitale ibérique. Mais la calle Alcalá, c’était aussi à ce moment là, le cœur du triangle financier de la capitale, des activités économiques mais aussi politiques.

La franc-maçonnerie madrilène était composée de 37 loges, ainsi que de 3 chapitres philosophiques, qui sont des ateliers dits de « hauts grades » ou bien de « perfectionnements ». Ce chiffre de 37 loges, est, comme le précise l’auteure de l’étude, basé sur le nombre de lettres patentes pour chacune des obédiences présentes. Entre 1931 et 1936, c’est la Gran Logia Española qui connaît le plus grand essor dans la capitale, avec pas moins de 15 loges crées. Et c’est au 171 de la calle Alcalá, que s’installèrent les loges maçonniques de cette obédience.

Comme les loges maçonniques, sont le reflet des micros sociétés qui évoluent à l’intérieur de sociétés englobantes plus complexes, la géographie dans laquelle elles se développent, est, pour Olivia Salmon Monviola, une interaction des loges avec l’espace de sociabilité. Il semblerait donc qu’à cette époque, l’implantation des loges maçonniques, influe sur le tissus sociétal du quartier où elles se situent. Ces implantations dans des endroits à fortes concentrations humaines, proches des lieux des fréquentations familières aux madrilènes, facilitaient entre autre la pérennité des loges, par une facilité d’accès à la franc-maçonnerie pour toute une couche sociale.

A regarder avec attention le tableau des différentes catégories socioprofessionnelles qui composaient les loges maçonniques madrilènes de l’époque, l’on constate que outre les employés et fonctionnaires représentant 32% des franc-maçons, les gens du commerce et de l’industrie étaient au nombre de 13%, et les artisans représentaient 10% de la composante des loges. Au fait que l’implantation d’une loge d’alors, n’est pas étrangère à la catégorie socioprofessionnelle qui la compose, comme cela fût constaté à plusieurs reprises, comme des salariés des hôtels Ritz et Palace, dans une loge située à proximité, ou alors des acteurs et artistes membres de la loge « Hispanoaméricana » proche elle des théâtres, l’on est en droit de s’interroger concernant les métiers liés au bâtiment qui ont œuvrés lors de la construction de la plaza de toros. Surtout que la présence de la Gran Logia Española sur la rue Alcalá, et les deux exemples cités précédemment, n’interdisent pas l’idée même que des membres des différents corps de métiers aient été initiés à l’occasion de leurs présences sur le chantier du temple taurin madrilène.

Tout d’abord l’on pourrait regarder du côté des architectes, catégorie professionnelle étant comptée dans les professions qualifiées au nombre de presque 16%. Mais l’on ne sait pas encore si José Espeliú était franc-maçon. Les artisans, les différents corps de métiers du bâtiment, étaient sûrement représentés parmi les 10% d’artisans répertoriés et composants les franc-maçons de la capitale. Travaillant à la construction des arènes calle Alcalá, l’une des principales obédiences maçonniques espagnoles étant présente dans la même rue, la durée totale du chantier a probablement amené les uns à rencontrer les autres. D’autant plus que l’admission de franc-maçons artisans ne semble pas avoir été du simple fait des patrons, mais aussi des acteurs de petits commerces. Et lorsque l’on sait qu’une partie de la franc-maçonnerie ibérique était très tôt favorable au dialogue social, à la mixité sociétale, à l’esprit de laïcité développé par leurs frères hexagonaux, l’on peut se plaire à penser que même des ouvriers ont pu être amené à connaître l’initiation maçonnique. Surtout que cette classe sociale, des ouvriers, était quand même de l’ordre de un peu plus de 6%, ce qui pour un mouvement intellectuel, à connotation, il faut tout de même le reconnaître, élitiste sur le plan intellectuel, n’est pas négligeable.

Comme précisé plus en amont de ce texte, rien ne permet d’affirmer que des franc-maçons furent impliqués dans l’édification de la plaza de toros de Las Ventas, mais la lecture de l’étude de Olivia Salmon Monviola, n’interdit pas cette éventualité. A bien y regarder, elle la renforce même.



*Pour les lecteurs et lectrices intéressés, on ne saurait trop recommander « Rennes le Château, une affaire paradoxale » de Laurent Buchholtzer (Editions de l’œil du Sphinx, 2008). ISBN 2-914405-45-6. Cet ouvrage apporte une autre vision sur la légende du supposé trésor de l’abbé Saunières, mais aussi remet à sa juste place le mythe du Prieuré de Sion.

**« Une frontière dans la ville : les franc-maçons dans la ville de Madrid (1900-1936) » par Olivia Salmon Monviola, Cahiers de la Méditerranée, volume 73-2006.

samedi 26 septembre 2009

Hymnes.


Cet été, lors de la visite des novillos aux corales des arènes de Parentis en Born, la veille de la première novillada du cycle, une discussion très intéressante fût engagée avec un ami aficionado de verdad que j’avais grand plaisir à retrouver. Notre échange se fît non seulement sur les bichos présents, mais surtout sur l’aspect philosophique et sociétal de la tauromachie.

Nous étions tout deux d’accord sur le fait qu’étant donné l’évolution du débat sur la corrida, cette dernière ne peut être principalement défendue que sur un plan philosophique, et que même si « la philosophie est une pierre insoluble dans le jardin des cons » comme l’a dit récemment Raphaël Enthoven sur les ondes de France-Culture, c’est sous cet angle la qu’il faut aborder le sujet. De plus, traiter philosophiquement de la corrida, c’est aussi se positionner sur le même terrain que les contempteurs taurins, qui de par leur anthropomorphisme et anti-spécisme revendicatif, veulent interroger la société sur ce plan. Nous sommes donc à armes égales, et ainsi nous ne leur laissons pas le champ libre dans la propagation de leurs inepties à notre encontre.

Mais aborder la tauromachie sous son aspect philosophique, symbolique, rituélique, ne doit pas aussi occulter l’orientation sociétale qu’elle prend depuis quelques années, et ceci renforcé par la crainte plus ou moins forte, de la voir à terme disparaître. Bien entendu, la corrida a toujours évolué avec la société, elle est à son image avec ces différentes composantes que l’on retrouve dans toutes les sphères de notre quotidien. Avec un public se rendant aux arènes sans être particulièrement aficionado a los toros, un public de véritables passionnés, mais aussi des décideurs taurins voulant faire croire que c’est le public qui demande tel type de tauromachie, alors que ce sont eux qui proposent une seule dominante dans les genres de corridas présentées.

Sans vouloir entrer dans un débat politique qui n’aurait pas sa place ici, s’intéresser à la tauromachie et à tout ce qui l’entoure, des arts à l’histoire, ne peut effacer ses propres prédispositions sociétales. Et être intéressé par la corrida de toros ainsi que par des mouvements intellectuels qui partagent certains idéaux tel que la laïcité, ne peut atténuer ses sensibilités en quelques occasions.

Pour un Républicain Laïque, ancien militant de terrain mais toujours viscéralement attaché à ces valeurs, il est parfois inconfortable d’entendre de fortes revendications régionales en étant sur les tendidos. Entendons nous bien, ceux ou celles qui me connaissent et avec qui nous avons eu l’occasion d’échanger sur ce sujet peuvent en témoigner, il n’est pas question de prôner un anti-régionalisme, je suis attaché à la région qui m’a vu naître, et encore plus étant en exil. Mais tout en étant éloigné des terres familiales, l’on rencontre aussi des personnes attachées à leur terre différente de la notre. Et l’on s’aperçoit que si l’on allait vers ce que désirent certains mouvements régionaux, l’on aurait plus qu’à rebrousser chemin, ou bien à gommer sa particularité pour entrer dans le moule régional formaté, à savoir notamment parler la langue ne serait-ce pour pouvoir comprendre un contrat de travail que d’aucuns voudraient bilingues, en attendant qu’il ne soit rédigé la seule langue de la région. Sujet sensible que les langues régionales, mais dont il ne faut pas oublier que ces dernières sont le résultat de l’uniformisation d’une multitude de dialectes locaux, réalisée par des intellectuels régionaux ayant décidés pour les autres. Ce qui a été reproché, et parfois à juste titre, à la République, a été pratiqué par ceux qui la conspuaient.

Entendre des hymnes ou autres chants régionaux sur les tendidos, ne poseraient pas de problèmes pour quelques uns d’entre nous plus nombreux qu’on ne le croit, si toutefois il y avait une égalité parfaite dans leurs applications. Non pas à propos de la querelle annuelle entre le Coupo Santo et le Se Canto, comme cela s’entend à Béziers, mais une égalité comme on la constate lors de rencontres sportives notamment. A savoir que l’hymne des chaque pays est joué, par soucis d’égalité. Si un jour cela ne se faisait pas, l’on frôlerait l’incident diplomatique. Même si la corrida de toros est originaire du pays de Cervantes, nous sommes à ce jour des citoyens de la République française. Aussi pourquoi ne pas jouer La Marseillaise avant ou après, peu importe, l’hymne régional ? Ce qui frôlerait l’incident diplomatique dans n’importe quel contexte, ne choque pas grand monde sur les tendidos.

Il est évident que derrière l’attachement à ces hymnes régionaux, locaux, l’on rencontre de multiples revendications. Allant des revendications fortement régionales, jusqu’au simple fait de vibrer pour la beauté du chant repris en cœurs dans l’enceinte sacrée de notre passion. Mais afin de pouvoir laisser à tout un chacun la libre expression de ses sensibilités à l’écoute d’un hymne régional, il faudrait penser à le positionner sur un plan égalitaire. Ce serait appliquer le principe de Laïcité, garant du vivre ensemble, et qui n’est pas exclusivement à connotations religieuses, comme ce m’éprennent trop souvent ceux et celles qui n’en connaissent pas bien au moins le sens.

Une interrogation se fait tout de même grandissante, à mesure que de tels chants sont repris dans quelques arènes. Quel sens ont-ils au regard, plutôt à l’écoute, de la majorité du public ? Il y a ceux pour qui il s’agit d’un attachement à la région, c’est entendu, respectable et très clairs. Mais il y a aussi, et il est à craindre que ce soit pour une large majorité, une forme d’action contre les attaques des anti-taurins, voulant ainsi marquer une empreinte locale à notre passion. S’associant ainsi à un idéal qu’ils méconnaissent voire ne partagent pas par ailleurs, ils veulent faire front commun, adhérant de la sorte au principe de la démocratie pacifique qui s’instaure de plus en plus chaque jours. Espérons que la démarche est sincère, et que derrière ces chants, au demeurant très beaux, il n’y est pas une orchestration, afin d’orienter une partie majoritaire d’un public, comme le fait de vendre un accoutrement uniforme*, et ainsi de fausser le sujet. Fausser le sujet, en détournant les spectateurs et les aficionados vers un attachement à des traditions régionales, mises en avant comme étant les seules garantes de la pérennité taurine. Alors que l’on sait que la tauromachie perdurera par un seul et unique chemin, celui de perpétuer le toro bravo, mais là, les militants pour l’Intégrité totale et sans concessions de la corrida de toros, se retrouvent bien peu nombreux.

* Voir à ce sujet l’excellent article de Xavier Klein à la page http://bregaorthez.blogspot.com/search/label/UNIFORME

mardi 8 septembre 2009

Lumières (2).


Il y a quelques jours lors d’un précédent texte qui se voulait aborder le sens de la déambulation des acteurs taurins, ceci parallèlement à celui d’acteurs philosophiques comme les francs-maçons, il a été mis en avant que la marche dextrogyre symbolisait un cheminement sur le plan de la lumière. Ceci étant abordé entre la lumière-symbole et la lumière métaphore, frontière assez floue, indécise, sur laquelle ce sujet est souvent évoqué.

La lumière et sa mise en relation avec l’obscurité, représentent les valeurs d’une évolution, et par cela celle de l’homme intéressé par une recherche dans un mouvement philosophique ou bien aficionado, et qui déroule sa propre marche vers le moment ultime. Ce moment redouté par tous, obsédant au point que certains veulent effacer tout ce qui peut nous y faire songer, comme vouloir interdire la tauromachie, ou bien obsédant au point d’y penser, d’y réfléchir sans en éprouver la moindre honte. Mais ce cheminement vers l’ultime est réalisé au rythme d’époques sombres et d’instants plus lumineux, qui se révèlent à mesure des réflexions et des doutes de ceux qui cherchent.

La lumière permettant de faire apparaître les choses en toutes clartés, il n’est donc pas étonnant qu’elle se retrouve symboliquement dans la corrida, et tout d’abord lorsque les acteurs vont la chercher vers la présidence qui dirige, mais surtout qui éclaire la course. Ce terme d’éclairer peut paraître surprenant, notamment employé afin de qualifier la présidence, d’autant plus que la fonction de cette dernière est de plus en plus galvaudé, ayant perdu ses repères initiaux. Une modification du rôle, pas uniquement sur le plan taurin, mais aussi dans notre quotidien, sur le plan politique, associatif. Mais passons outre et n’oublions pas qu’une présidence est la pour diriger une assemblée, ne pas automatiquement délibérer pour elle, mais l’aider dans ses délibérations. C’est ici que nous trouvons le sens de l’éclairage qu’elle doit apporter.

Par cet éclairage, la présidence symbolisant la lumière, apporte sa connaissance. Une connaissance des Constitutions, du règlement, des fondamentaux, garant de leurs applications. Pouvoir prétendre à appliquer la connaissance, signifie non seulement qu’elle connaît elle-même, mais que ceux à qui elle s’adresse, même si ils ne connaissent que succinctement, font l’effort eux aussi d’aller vers cette connaissance, vers la lumière. Et malheureusement, l’on trouve parmi les participants des principaux sujets évoqués sur ces colonnes, des personnes ne cherchant pas réellement à cheminer vers la lumière. Préférant recevoir, voire parfois en critiquant, sans même faire la démarche de recherche personnelle. C’est en ce sens qu’ils ne pratiquent pas symboliquement la marche intérieure dextrogyre, déjà abordée dans le précédent article sur le sujet. Ils vont vers la lumière représentée par cette présidence, pour être éclairés d’elle, mais ne font pas d’efforts supplémentaires, préférant être passifs plutôt qu’acteurs.

Que ce soit les francs-maçons dans leurs rituels, ou bien les toreros, déambuler vers la droite, ne semble pas être innocent, même si l’on s’accorde à y trouver à première vue un sens désiré pour les premiers et une coïncidence pour les seconds. Pourtant, la déambulation des toreros lorsqu’ils effectuent la vuelta dans les arènes, est somme toute symbolique, et à bien y regarder elle passerait pour voulue ici aussi.
Si le torero allait vers la gauche après son combat, il irait vers le sinistre, qui en latin « sinistra » veut dire la main gauche. L’on peut y voir ici un refus de prendre la route vers la pénombre, et ainsi montrer de façon allégorique, que le torero à l’issue de son combat ou il a acquis une certaine connaissance, est en route pour une un autre combat, une autre connaissance de l’art de Cuchares. A contrario, la passe de muleta symbole de pureté qu’est la passe naturelle, est exécutée de la droite vers la gauche. Elle prend sa source du côté lumineux pour terminer vers l’ombre. Si un jour l’on rencontrait un matador à la recherche de la pureté absolue de son toreo, sensible aux fondements taurins au point d’apporter cette connotation allégorique à son expression dans le ruedo plutôt qu’une recherche perpétuelle de postures pour paraître, cette suerte serait réalisée à la fin de la faena. Symbolisant ainsi dans ce travail de la droite vers la gauche, la fin de la vie. L’expression de celui qui a approché sa lumière durant le combat, qui a amené la lidia au plus haut point possible de cette rencontre ponctuelle avec le toro, et qui une fois la connaissance tutoyée, accepte de retourner vers les ténèbres, celles qui nous attendent tous et toutes.

Pour le torero qui n’a pas réussi à trouver les clés lui permettant de passer outre l’énigme que présentait le toro dans son comportement durant le combat, ne pas se voir le droit d’effectuer la vuelta, signifie symboliquement qu’il reste dans l’ombre de son échec. Que seule une lidia victorieuse lui donnera l’autorisation de poursuivre son cheminement vers la lumière. Pour le maestro qui a compris et résolu cette énigme, dont le public a reconnu son travail pour cela, le matador se voit autoriser à poursuivre son chemin vers la lumière de la connaissance, fort de son expérience précédente.
Il est alors toutefois intéressant d’observer que c’est le public qui autorise le cheminement vers cette lumière une fois la lidia terminée, démontrant ainsi que la corrida de toros est aussi d’essence démocratique. Mais le but n’étant pas de faire d’avantage soulever les interrogations ou autres étonnements à lire une approche assez atypique de la tauromachie, nous pourrons revenir plus tard sur ce point.

mercredi 2 septembre 2009

Idées reçues.


Même si il reste encore bon nombre de corridas à venir aussi bien en France qu’en Espagne ou au Portugal, l’on sent arriver la fin de la temporada européenne. Ceci se perçoit notamment dans le nombre de commentaires des blogs, qui reprennent leurs activités de plus belle. Et paramètre important indiquant bien la tendance automnale qui approche, le 21 de ce mois faut-il le remémorer, les anti-taurins se montrent sur les blogs taurins.

Il est intéressant de constater que dès qu’ils trouvent un blog où les commentaires ne sont pas modérés, leurs propos fusent. Sur ces colonnes, afin de seul éviter des redondances inutiles ainsi que la diffusion de propos allant à l’encontre de l’esprit voulu pour le blog, il avait été choisi dès le début de modérer les commentaires. Ce qui ne devait nullement empêcher l’animateur de cet espace taurin atypique, de privilégier la publication des commentaires par soucis d’esprit républicain et démocratique, ou tout doit pouvoir se dire, même les avis contraires.
Mais comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, à la lecture des courriels injurieux et anonymes qui commencent à arriver dans la boîte à commentaires depuis quelques jours, démontrant ainsi que lorsque l’on évoque un avis contraire à leurs idées, les contempteurs taurins se donnent le mot pour aller invectiver celui qui ne pense pas comme eux, ces commentaires, qui seront bien entendu archivés, ne seront plus publiés. L’esprit républicain et démocratique, synonyme de liberté d’expression, n’a plus lieu d’être lorsque il s’agit de laisser la parole à des personnes plus soucieuses d’insulte et de haine que de débat constructif. Comme l’affirment certains, « pas de liberté pour les ennemies de la liberté », ici nous appliquons le « pas de liberté de parole pour ceux qui la refuse aux autres ».

Il était étonnant de n’avoir pas eu plus tôt ce genre de propos, c’est à croire que depuis presque 5 mois que ce blog existe et quelques plus de 1800 clics au moment où sont rédigées ces lignes, les non amateurs de tauromachie qui s’arrêtaient sur ces colonnes étaient soucieux du respect de l’autre. Comme ce lecteur assidu, anti-taurin militant, soucieux de respecter les idéaux humanistes qu’il revendique, mais avec qui j’ai pu échanger par courriel tout en ayant des propos corrects et respectueux.

Pour en revenir aux mails reçus des anti-taurins, les deux premiers arrivés sur ce blog sont consultables dans la rubrique « commentaires » de l’article précédent. Il sont donc facilement accessibles, et témoignent, pour ceuxet celles qui en douteraient encore, de la violence injurieuse constamment adressée aux aficionados a los toros. Il est intéressant de constater dans les deux courriels, au delà du caractère injurieux en particulier du second, que persistent des idées reçues à l’encontre de la tauromachie, comme à notre époque persistent les idées reçues envers par exemple les cathares et la franc-maçonnerie. Chose troublante dans ce XXIè siècle, car étant donné les moyens d’accès à la culture, à l’information, l’on trouve encore des idées reçues qui émanent du siècle dernier dans le meilleur des cas.

L’on perçoit aussi, que outre la similitude des propos de l’antimaçonnisme ainsi que de l’anti-taurinisme, comme ce fût développé ici même lors d’articles publiés sur ces colonnes aux mois de mai et de juin, les thèmes se déplacent en fonction des enjeux politiques et sociétaux. Aujourd’hui, quelques médias se sont trouvés leurs « nouveaux juifs » avec la franc-maçonnerie, comme s’en est ému l’éditeur Jean Solis sur son site, en emplissant de façon redondante et régulière tous les ans les pages de leurs « journaux ». L’on voit maintenant de plus en plus de contempteurs taurins qui réagissent lorsque l’on aborde la tendance végétarienne de certains d’entre eux. Ils oublient pourtant l’expérience de Cleve Backster en 1966, mais aussi ils occultent d’autres informations sur les plantes démontrant que les végétaux développent un système nerveux propres à leurs fonctionnements. Mais l’on retrouve aussi les sempiternels refrains de la maltraitance animale qui sont ressassés à loisir, comme l’idéologie du complot judéo-maçonnique ressurgie régulièrement ou bien la théorie du complot concernant les attentats du 11 septembre.

On le sait, rares sont et seront les échanges établis dans un climat de respect et de tolérance, et il est flagrant de constater que l’on trouve bien plus d’anti-taurins à surfer sur les sites et différents blogs qui traitent des toros, pour y répandre leur fiel, que de taurins s’adonnant à la lecture et commentaires sur les sites et blogs anti-corridas. Toutefois, une chose est certaine, à voir la moyenne de plus de 450 visiteurs par mois pour ce très modeste blog, l’explosion des fréquentations ces derniers jours (sûrement causées par le bouche à oreille chez nos amis anonymes), les visiteurs anti ou bien aficionados qui reviennent régulièrement nous lire (comme nous laisse le croire les recoupements grâce au compteur et aux heures ou les messages sont postés, et la subite augmentation des visites notamment de la région niçoise et de la ville de Fourmies), ce blog ne laisse pas indifférent. Et si on ne laisse pas indifférent, c’est que l’on touche juste, sinon pourquoi tant de propos haineux des contempteurs, et pourquoi tant d’intérêt chez les aficionados de toutes tendances ?


La photographie illustrant cet article, a déjà été diffusée sur ces colonnes, mais ces hommes de Dieu, fusil à l'épaule dans des arènes, symbolisent parfaitement l'état d'esprit de l'anti taurinisme actuel.

dimanche 30 août 2009

Lumières.


La corrida est un art, un spectacle, un combat, voire les trois à la fois, tout dépend de sa sensibilité taurine. La corrida est ritualisée et donc codifiée, prétendre le contraire amènerait à une discussion très intéressante d’argumentations et de contre argumentations mais qu’il serait trop long d’aborder maintenant. La corrida est codifiée par l’homme qui a besoin de tout réglementé, ayant horreur du vide et de l’incertitude, afin d’édifier un ou des systèmes rationnels, organisés, normalisés.

Toutefois cela peut paraître irrationnel d’assister à un combat entre un homme et un toro, et dont l’acte ultime est de tuer l’animal affronté. Seuls ceux et celles refusant obstinément d’élever leurs réflexions, continuent de le prétendre et de le clamer haut et fort. Pourtant, la corrida n’est pas plus irrationnelle que l’est de vouloir mettre en avant l’anthropomorphisme, l’antispécisme, comme valeurs sociétales pour l’avenir de l’humanité. Ni de prétendre que manger de la viande c’est manger un cadavre, et que pour cela il faille se retourner vers une nourriture végétarienne en attendant peut être de devenir végétalien pour parfaire la démarche. Il est pourtant facile de constater que les végétaux vivent, et si l’on veut emprunter la même logique, le végétarisme est donc tout aussi irrespectueux de la vie.

La corrida de toros comporte une construction rituélique mais aussi philosophique, que l’on retrouve aussi dans la nature. Prétendre que la tauromachie est écologique et en adéquation avec son temps, il y a un pas que l’on peut franchir pour l’affirmer. Ecologique ne serait-ce par le simple fait de remarquer que l’élevage du toro de combat engendre le respect total de la nature, mais aussi la continuité de l’espèce. Pedro Cordoba, le démontre parfaitement dans son dernier ouvrage*. En adéquation avec son temps, aussi, si l’on prend pour référence l’intérêt des spectateurs qui semble plus important pour le paraître du torero que pour l’être du toro. Ceci est en parfaite harmonie avec notre société de télé-réalité, mais qui colle tout aussi parfaitement avec celle qui se dit plus proche de la nature. Puisque la aussi il s’agit du paraître, paraître respectueux de l’environnement, tout en roulant avec de vieux diesels, paraître humaniste et riche des différences, tout en désirant interdire des modes de vies qui ne ressemblent pas aux leurs.

Mais ce rapprochement évoqué de la corrida avec la nature, ne l’est pas sur le seul aspect d’une vision écologique de l’élevage des bovidés. L’on remarque qu’une partie de la codification du rituel taurin, est calquée sur des éléments que nous offre la nature. Au premier abord cela peut paraître étonnant, mais il n’y a qu’à observer, et s’arrêter sur un simple fait flagrant dans le toreo de mode actuellement. La charge du toro que le matador reçoit de loin (dans l’idéal), construisant sa faena de muleta en se serrant au plus prêt, par répétition des mêmes muletazos en donnant une distance de plus en plus petite. Ceci n’est pas sans faire songer à la géométrie fractale**.

Il est aussi à noter un autre sujet qui nous intéresse aficionados a los toros sensibles au rituel et au symbolisme, et que l’on retrouve dans ce domaine, il s’agit de la déambulation. Et afin de poursuivre sur la lancée qui semble faire l’intérêt de ce blog aux yeux de bon nombre de lecteurs et lectrices, continuons à prendre exemple sur la franc-maçonnerie notamment.

L’entrée des francs-maçons dans leurs temples et des protagonistes taurins dans une arène, sont toutes deux identiques. Chacun des acteurs entrent en avançant vers la présidence, qu’elle soit tauromachique ou bien maçonnique. Pénétrer ainsi a pour signification symbolique de monter vers la Lumière. Celle-ci symbolisée par les forces qui dirigent et éclairent la course, les travaux.
Nous retrouvons ensuite comme points communs la déambulation. Que ce soit dans un ruedo européen ou bien pour les francs-maçons, les déambulations s’effectuent dans le sens horaire, le sens dextrorsum. Non pas qu’il y ait une signification vis à vis du temps qui passe, car même si la franc-maçonnerie n’a pas de limites temporelles, la corrida de toros est ponctuée par les avis. Mais ce qu’il semble à voir dans le sens déambulatoire dextrorse, est plutôt l’action de faire tourner vers la droite le plan de polarisation de la lumière. Cette Lumière représentée par la présidence comme précédemment exprimé, voit ainsi poursuivre son rayonnement dans les pas des différents acteurs.

La lumière, qu’elle soit artificielle ou bien solaire, possède un lien avec la nature, puisqu’il s’agit d’un rayonnement de deux corps portés à une haute température. Et même si ce contact des corps est émis par l’homme ou bien par un système inventé par lui, l’échauffement est un phénomène naturel.
L’entrée des francs-maçons, des matadors, mais aussi leurs déambulations sur le sens de polarisation de la lumière, les font se positionner à la limite de la lumière-symbole et de la lumière métaphore. Cette limite étant de toute façon indécise, elle ne l’est que de façon plus grande dans cet exemple. Il faut voir dans la marche dextrogyre, le désir de cheminer au-delà de la lumière, donc au-delà de la mort, afin de trouver ce qu’il peut y avoir après, si toutefois il y a un après. Car l’attrait pour cette lumière qui nous éclaire, c’est la vie, le combat perpétuel qu’elle représente. Le combat pour les idées, pour les passions, pour s’enrichir intellectuellement, pour les êtres aimés, mais aussi un combat pour affronter le moment ultime, source de toutes nos angoisses.

Le temps n’étant pas de mise sur ces colonnes, nous pourrons revenir plus tard et de manière complémentaire à cette notion de lumière, en lui donnant une approche plus symbolique que métaphorique. Mais si une chose doit nous interpeller dès maintenant, c’est bien la relation entre la vie et la mort que représente cette entrée vers la lumière ainsi que la marche dextrogyre.

Pour ceux qui donnent un sens à leur vie en éveillant leur intellect par la recherche philosophique, comme pour ceux qui donnent un sens à leur vie en affrontant un toro ou bien en assistants à ce combat de l’homme et du toro, qui eux aussi éveillent leur intellect pour peu qu’ils ne soient simples spectateurs mais bien des aficionados, cette relation continue à la lumière n’est que le symbole de la vie et de la mort. Avancé sous l’éclairage pour aller vers ce qui nous paraît aujourd’hui être la pénombre, alors qu’il n’y a aucune réponse adogmatique, symbolise des valeurs alternantes et donc complémentaires de la relation entre la lumière et l’obscurité.

Lumière et obscurité qui sont symbolisées par le pavé mosaïque d’un temple maçonnique. Mais aussi lumière et obscurité, qui sont l’essence même de la lidia, qui se doit d’être éclairée par l’intelligence de l’homme pour se déjouer de la mort proposée par le toro…


A suivre …



*« La corrida, idées reçues », de Pedro Cordoba, éditions Le Cavalier Bleu, mars 2009. ISBN 978-2-84670-246-1.

**A ce sujet, un conseil de lecture « La spirale de l’escargot, contes mathématiques » de Harmand Herscovici, éditions Seuil, février 2000. ISBN 2-02-036773-4.Ce livre rassemble des contes mathématiques, qui font découvrir les secrets du monde grâce à l’univers des nombres. L’auteur nous fait voyager des rives du fleuve Jaune de Bagdad vers les anciens Chinois en passant par l’histoire de Thésée et du Minotaure, tout en abordant l’harmonie cachée dans la géométrie fractale, la magie des nombres dans la suite de Fibonacci et autres trigrammes.

dimanche 23 août 2009

Au vainqueur les pommes de terre ! *


La temporada tauromachique européenne entre dans sa dernière ligne droite, le mois de septembre arrive dans quelques jours, les temples taurins vont amoindrir leurs activités. Nous commençons à percevoir que dans ces temples, une nouvelle fois seules les figuras ont atteint le zénith, tandis que les plus humbles ont continué à tutoyer le nadir tout en attendant d’être appelés pour d’éventuels remplacements de dernières minutes.

Malgré se constat qu’une nouvelle fois ce sont les seuls matadors en tête de l’escalafon à qui il a été fait appel, il n’en demeure pas moins que le bilan tiré au deux tiers de la saison n’est pas des plus brillants. La faute à des toros sans saveurs, mais aussi à ces toreros que l’ont ne voit que devant ces mêmes toros. A quand leur refus de continuer à dévaloriser la fiesta, leur exigence à combattre des toros bravos et non plus des toros faire valoir ?

Mais ce constat ne doit pas être focalisé sur les seuls bichos et autres acteurs taurins présents dans les ruedos, dénaturer la corrida de toros, perdre ses fondamentaux, provient aussi des organisateurs. Passons sur les courbettes de diverses présidences vis à vis des toreros, qui bientôt vont sortir les mouchoirs de changement de tercios sur un simple rictus des piétons. Passons aussi sur ces gens présents en civils dans le callejon, et qui font pressions sur la présidence pour l’attribution des trophées, vueltas posthumes, ect… Passons sur tout cela que l’on voit presque partout, et arrêtons nous sur un exemple qui ne saute pas aux yeux mais qui en dit long sur l’état de notre passion.

La tauromachie, la corrida de toros, est ritualisée et donc codifiée, c’est entre autre ce qui l’a rend intéressante, attirante au delà du combat entre un homme et un toro mais aussi de la perception de la mort, dans une société ou tout doit être lissé, aseptisé. Lorsque l’on se trouve sur les tendidos, que l’on est attaché à tout ce qui fait la course de toro et donc à sa partie rituélique, l’on ne peut être que déçu de constater certains manquements aux principes de base. Pour preuve, ce qui a été constaté il y a quelques jours lors d’une feria française, celle de Béziers pour ne pas la nommer, où les alguaciles n’effectuaient même pas le rituel du despejo **. Bien entendu depuis que ceux qui n’ont rien à faire sur le sable des arènes se retrouvent sagement sur les gradins, ou bien invités au point de saturer un callejon, le geste initial des alguaciles en ouvrant le paseo ne paraît ne plus être d’intérêt. Pourtant il a toute sa place et son sens, et ne plus l’effectuer est une entame des fondamentaux taurins.

Un rite, ce n’est pas que du décorum placé ici ou là pour égayer la situation. Le rite, provenant du mot sanscrit « rita », signifiant « ordre », désigne donc le désir de ne pas sombrer dans le chaos, d’agir selon des règles communes afin de partager le sens profond de l’acte, le rite désigne aussi les moments forts et formalisés d’une cérémonie. D’interprétation multiple par ceux et celles qui l’accomplissent, le rite, et en particulier le rite taurin, est perçu comme un amusement ou bien sacralisé. En tauromachie, il est alors dommage de constater que le rite est généralement perçu, lorsqu’il est réellement perçu ce qui est loin d’être toujours le cas, comme un amusement, dans la continuité d’une tradition archaïque et non d’une tradition vivante. Ceci étant à l’image de notre société contemporaine.

Tout comme les rites maçonniques ou bien d’autres sociétés initiatiques, la modification du rite taurin n’apporte pas de changement sociétal, et ne se consacre qu’à la relation toute personnelle que l’on peut avoir par rapport au sacré. Mais modifier, ou carrément ne pas effectuer une partie du rite, peut avoir de néfastes répercutions. Ainsi amoindri par des attitudes, qui ressemble plus dans l’exemple cité à une méconnaissance de toute l’étendue du rôle de l’alguacil, la corrida de toros perd un peu plus chaque jour de sa substance, au point que seuls quelques aficionados passant pour des intégristes taurins, s’inquiètent de la dégénérescence de la corrida de toros bravos, dégénérescence ponctuée par de petites touches.

Car pointer l’absence du despejo n’est pas ici pour étaler une connaissance taurine toute relative, mais bien pour montrer que ces parties du rite taurin, même si elles représentent de menus détails, sont importantes et mises bout à bout, prennent de l’ampleur. Car vouloir accomplir l’acte taurin dans son intégralité, l’observer scrupuleusement, c’est aussi garder le contact avec les entités auprès desquelles l’initié recherche une tutelle bienveillante et une puissance agissante. C’est donc garder le contact avec ces illustres, mais aussi ces humbles matadors, qui ont permis grâce à leurs vergüenza, leur pundonor, de donner ses lettres de noblesses à la corrida. Car depuis les prémices de notre passion, ils respectaient les rites, sacralisaient ainsi leurs actes, ordonnaient ce qui aurait pu rapidement n’être que chaos au point d’amener le fait de combattre un toro vers un art.

Hors, on le constate avec cet exemple de disparition du despejo, que le rite en lui-même est bafoué, au point de faire chanceler la corrida et avec elle l’esprit même qui fait la tauromachie. Si l’on continue a édulcorer de la sorte la moindre partie de notre passion, la tauromachie ne pourra se remettre de la situation qu’elle connaît actuellement. Car d’une manière détournée, larvée, les contempteurs de l’art de Cuchares avancent avec les mêmes objectifs des tribus sud-américaines. Pour eux, l’objectif est aussi de dénaturer, d'alléger l’art de Cuchares et ainsi perdre ce qui est le socle de l’art de torear. Et ne pas tenir compte des tout ce qui fait la corrida de toros, mettre en avant des toros faire valoir, minimiser le premier tercio, et perdre petit à petit le rite taurin voulu par les fondateurs de notre passion, c’est indirectement s’associer aux anti-taurins et cela équivaut à leur donner des pommes de terre. Bien entendu cela ne représente certes pas des centaines de kilos, pour l’instant, mais suffisamment de poids pour prendre des forces et poursuivre leurs avancées devant un public taurin de moins en moins au fait de ce qu’est la tauromachie. La prochaine étape en ligne de mire étant les corridas de Don Bull, où sous prétexte d’absence de sang, les tenants auto-proclamés des mœurs de la bonne morale sociétale, auront tout à gagner de présenter les aficionados a los toros, ceux pour qui le toro doit être bravo et non pas un faire valoir, comme des sanguinaires. Nous serons montrés du doigt, jetés au pilori de la société. Les bonnes âmes s’éloigneront, n’auront d’yeux que pour cette corrida sin sangre, entrant ainsi dans le moule pour être à nouveau acceptés par les moralisateurs. Ces derniers pourront alors crier « au vainqueur les pommes de terre ! ».


* Expression rencontrée dans l’ouvrage de l’auteur brésilien J.M. Machado de Assis (1839-1908), «Le philosophe ou le chien Quincas Borba » (éditions Métaillé, 1998). Cette expression provient des montagnes sud-américaines, où les pommes de terre revenaient à la tribu qui élimine l’autre, afin qu’elle possède la force nécessaire pour passer de l’autre côté du versant de la montagne, et puisse aller éliminer une autre tribu et s’empare d’autres pommes de terre afin de continuer la tâche.
** Despejo, acte effectué par les alguaciles lorsque le peuple s’emparait du ruedo, qui consistait à dégager ce dernier avant le début de la course. Aujourd’hui il est effectué symboliquement lorsque après avoir salué la présidence, les alguaciles vont chercher les toreros au patio de caballos en longeant la talenquère.

samedi 1 août 2009

Club des Pertusiens


Posséder un même centre d’intérêt, appartenir à une même famille de pensée, partager une ou plusieurs passions, fait naître des sentiments décuplés de fraternité, de solidarité, de respect, vis à vis de ces personnes avec qui nous les partageons. Des sentiments d’autant plus forts, lorsque le dénominateur commun se trouve être une activité demandant une grande ouverture d’esprit telle que l’est la tauromachie.
Ouverture sur le monde, afin de comprendre les enjeux politiques que peuvent tirer les abolitionnistes dans leurs actes radicaux intolérants, mais aussi de percevoir leurs véritables natures souvent proche de l’obscurantisme sociétal. Une ouverture sur l’histoire, afin de connaître le passé taurin et ses fondements, mais encore les évolutions des sociétés afin de comprendre les évolutions de notre passion. Ouverture vers les arts, qu’ils soient libéraux ou bien culturels, afin d’exprimer ses avis tout en respectant et écoutant ceux des autres, et de s’enrichir culturellement.

Le lecteur assidu de ces colonnes est, à n’en pas douter, un visiteur tout aussi assidu d’autres blogs taurins. Il a donc très probablement accédé aux écrits d’autres aficionados a los toros qui se risquent à faire partager leur passion. Si le lecteur assidu de ces colonnes et d’autres blogs taurins est aussi amateurs de livres tauromachiques, il a sûrement remarqué lors de ces navigations internautiques, que quelques animateurs de ces blogs, ont aussi connu le plaisir de la publication livresque. Et si le lecteur assidu de ces colonnes et d’autres blogs taurins mais aussi amateurs de livres, aura eu l’excellente idée de posséder la toute dernière édition du « Dictionnaire Pertus »*, il aura remarqué que dans la blogosphère taurine française, quelques noms des animateurs sont aussi des « Pertusiens ».

Ces bloggers « Pertusiens », constituent un club d’auteurs-bloggers très restreint. Bien entendu ce club n’est nullement constitué administrativement, même si rien n’empêche que cela puisse se produire un jour, mais il existe tout du moins virtuellement. La liste de ces membres n’est pas d’une longueur exceptionnelle, ce qui aux yeux de quelques personnes pour qui la renommée associative n’existe qu’à la longueur d’une liste de membres, pourrait ne pas donner de réelle valeur à ce « Club des Pertusiens ».

Qu’importe les esprits chagrins pour qui seule l’apparence compte, si ce « Club des Pertusiens » doit avoir une valeur, c’est au lecteur, au visiteur des blogs de la donner de par une fidélité à suivre les écrits des « Pertusiens ». Quoi qu’il en soit, si valeur il doit y avoir sur les publications, les auteurs de la dernière édition du « Dcitionnaire Pertus », ont jugé digne de faire figurer quelques noms dans cet ouvrage de référence.

Mais qui sont donc ces « pertusiens » doivent ce demander certains et certaines des lecteurs de ces colonnes ? Commençons, par ordre alphabétique, avec Olivier Deck, artiste que l’on ne présente plus. Mentionné dans ce dictionnaire des textes taurins en langue française pour ces ouvrages « Discours de la taverne » publié aux éditions Séguier en 2000, il publia « Toréer quand même » aux éditions Cairn en 2004. Deux ans plus tard, ce sont les éditions Verdier qui publient son recueil de nouvelles sous le titre « Les yeux noirs ». La même année son écriture est récompensée par le 1er prix du « Prix Hemingway ». Olivier Deck collabore en 2007 à l’écriture de textes pour le numéro 6 de « Faenas » des éditions Verdier, mais en 1987, on le retrouve déjà aux côtés de Mathieu Sodore pour « Chanson de geste ; Paco Ojeda et José Mari Manzanares ». Aujourd’hui, Olivier Deck écrit sa passion de la tauromachie sur le http://www.latertulia.fr/.

A Nîmes, Marc Delon anime un blog qui se situe autour des mots, de la photo et des toros, que l’on peut visiter à l’adresse http://photosmotstoros.blogspot.com/. Primé en 2008 par le jury du concours de nouvelles du « Prix Hemingway », Marc Delon publia à compte d’auteur « Sentiments aficionados » tomes I et II en 2002 et 2003, puis « Fantasmatadors » aux éditions Cairn en 2005.

Depuis les Landes, les « Chroniques du Moun » (http://chroniquesdumoun.free.fr/), sont superbement animées par une personne connue sous l’apodo de Isa du Moun (mais son véritable patronyme la place bien ici dans l’ordre alphabétique). Isa, une amie très chère, nous livre toute sa sensibilité dans les « Chroniques », mais elle est surtout une auteure qui a co-écrit avec Jacques Durand et Miguel Darrieumerlou, ce qui n’est pas rien d’être de figurer au cartel avec ces Messieurs, les textes d’un livre de photographie de Bruno Lasnier paru en 2004 et intitulé « Fernando Cruz ».

En Arles, une autre auteure, Catherine Le Guellault, nous fait partager sa passion des toros à travers son blog http://catherine-le-guellaut.over-blog.com/. Publiée par les éditions Cairn en 2006 et 2007, pour deux recueils de nouvelles intitulés «Les taureaux rêvent aussi » et « Et la lune nous regardait », Catherine vient de co-écrire en cette année 2009, « 250 réponses à vos questions sur la tauromachie ».

C’est sur l'estuaire de la Gironde que l’on croise Ludovic Pautier, un blogger au répertoire largo comme l’étaient certains grands toreros. Animant une émission radiophonique sur le flamenco le lundi soir de septembre à juin, émission intitulée « Falseta » et que l’on peut écouter via le net sur les ondes « Radio Campus » à Bordeaux, il est aussi l’animateur du blog http://pinchosdelciego.blogspot.com/, dédié aux toros, au flamenco et à la poésie. Ludovic, Ludo pour ceux qui ont eu le plaisir de partager quelques moments avec lui, a eu le bonheur de d’écrire en 1999 avec son grand ami et regretté Jacques Bacarisse, « Noir toro, blanche arène » publié aux éditions Cairn.

Située plus bas géographiquement, Nadège Vidal nous régale de ses textes sur le blog http://nadegevidal.blogspot.com/. Elle vient d’être publiée au mois de mars 2009 par les éditions Cairn, pour son dernier ouvrage qui est un véritable plaisir de lecture, « Une saison sans taureaux ». Les éditions Verdier ont aussi édité en 2008 pour « Petits désordres autour des taureaux », ainsi que les éditions du Diable Vauvert la même année pour « Mano a Mano ». La maison d’édition gardoise édita en 2007 son texte « Machado et les toros ». En 2006, Nadège a vu l’une de ses nouvelles primée par le jury du « Prix Hémingway », l’année suivante elle collaborait au numéro 6 de « Faenas » des éditions Verdier.


C’est en raisons d’impératifs de publications, que le référencement des ouvrages mentionnés dans la dernière édition du « Dictionnaire Pertus » fût été arrêté au mois de décembre 2008. En cela ne figurent pas les toutes dernières publications de Catherine, Nadège et l’animateur de ces colonnes. Mais si j’ai le plaisir de figurer dans ce « Club des Pertusiens », c’est pour la publication par "l’Union des Bibliophiles Taurins de France" en 1998, de « Nantes et les courses de taureaux, une face cachée de la cité des Ducs », en attendant une éventuelle prochaine édition du dictionnaire, et que soit rajouté « L’équerre, le compas, les toros ».

Ce « Club des Pertusiens », aussi virtuel qu’il puisse être, se retrouve parfois autour de rencontres bien réelles sur les parvis de quelques arènes, où nous avons le plaisir de prendre le temps de discuter ensemble. Me concernant, les rencontres cette année furent possibles à Vic, Céret, lors des jours à venir où le temps de quelques instants de vacances permettra de quitter les terres de l’exil pour de nouvelles pérégrinations taurines, cela se produira à nouveau, rendez-vous est déjà pris. Ensuite le travail reprendra avec force et vigueur pour revenir alimenter ces colonnes, ceci à partir de l'ultime semaine du mois d’août.


DictionnairePertus, répertoire des textes taurins en langue française », de Serge Milhé, Bernard Rendu et Jean-Louis Rouyre, éditions UBTF année 2009, prix 28 euros. ISBN 978-2-909521-31-2.