
La corrida est un art, un spectacle, un combat, voire les trois à la fois, tout dépend de sa sensibilité taurine. La corrida est ritualisée et donc codifiée, prétendre le contraire amènerait à une discussion très intéressante d’argumentations et de contre argumentations mais qu’il serait trop long d’aborder maintenant. La corrida est codifiée par l’homme qui a besoin de tout réglementé, ayant horreur du vide et de l’incertitude, afin d’édifier un ou des systèmes rationnels, organisés, normalisés.
Toutefois cela peut paraître irrationnel d’assister à un combat entre un homme et un toro, et dont l’acte ultime est de tuer l’animal affronté. Seuls ceux et celles refusant obstinément d’élever leurs réflexions, continuent de le prétendre et de le clamer haut et fort. Pourtant, la corrida n’est pas plus irrationnelle que l’est de vouloir mettre en avant l’anthropomorphisme, l’antispécisme, comme valeurs sociétales pour l’avenir de l’humanité. Ni de prétendre que manger de la viande c’est manger un cadavre, et que pour cela il faille se retourner vers une nourriture végétarienne en attendant peut être de devenir végétalien pour parfaire la démarche. Il est pourtant facile de constater que les végétaux vivent, et si l’on veut emprunter la même logique, le végétarisme est donc tout aussi irrespectueux de la vie.
La corrida de toros comporte une construction rituélique mais aussi philosophique, que l’on retrouve aussi dans la nature. Prétendre que la tauromachie est écologique et en adéquation avec son temps, il y a un pas que l’on peut franchir pour l’affirmer. Ecologique ne serait-ce par le simple fait de remarquer que l’élevage du toro de combat engendre le respect total de la nature, mais aussi la continuité de l’espèce. Pedro Cordoba, le démontre parfaitement dans son dernier ouvrage*. En adéquation avec son temps, aussi, si l’on prend pour référence l’intérêt des spectateurs qui semble plus important pour le paraître du torero que pour l’être du toro. Ceci est en parfaite harmonie avec notre société de télé-réalité, mais qui colle tout aussi parfaitement avec celle qui se dit plus proche de la nature. Puisque la aussi il s’agit du paraître, paraître respectueux de l’environnement, tout en roulant avec de vieux diesels, paraître humaniste et riche des différences, tout en désirant interdire des modes de vies qui ne ressemblent pas aux leurs.
Mais ce rapprochement évoqué de la corrida avec la nature, ne l’est pas sur le seul aspect d’une vision écologique de l’élevage des bovidés. L’on remarque qu’une partie de la codification du rituel taurin, est calquée sur des éléments que nous offre la nature. Au premier abord cela peut paraître étonnant, mais il n’y a qu’à observer, et s’arrêter sur un simple fait flagrant dans le toreo de mode actuellement. La charge du toro que le matador reçoit de loin (dans l’idéal), construisant sa faena de muleta en se serrant au plus prêt, par répétition des mêmes muletazos en donnant une distance de plus en plus petite. Ceci n’est pas sans faire songer à la géométrie fractale**.
Il est aussi à noter un autre sujet qui nous intéresse aficionados a los toros sensibles au rituel et au symbolisme, et que l’on retrouve dans ce domaine, il s’agit de la déambulation. Et afin de poursuivre sur la lancée qui semble faire l’intérêt de ce blog aux yeux de bon nombre de lecteurs et lectrices, continuons à prendre exemple sur la franc-maçonnerie notamment.
L’entrée des francs-maçons dans leurs temples et des protagonistes taurins dans une arène, sont toutes deux identiques. Chacun des acteurs entrent en avançant vers la présidence, qu’elle soit tauromachique ou bien maçonnique. Pénétrer ainsi a pour signification symbolique de monter vers la Lumière. Celle-ci symbolisée par les forces qui dirigent et éclairent la course, les travaux.
Nous retrouvons ensuite comme points communs la déambulation. Que ce soit dans un ruedo européen ou bien pour les francs-maçons, les déambulations s’effectuent dans le sens horaire, le sens dextrorsum. Non pas qu’il y ait une signification vis à vis du temps qui passe, car même si la franc-maçonnerie n’a pas de limites temporelles, la corrida de toros est ponctuée par les avis. Mais ce qu’il semble à voir dans le sens déambulatoire dextrorse, est plutôt l’action de faire tourner vers la droite le plan de polarisation de la lumière. Cette Lumière représentée par la présidence comme précédemment exprimé, voit ainsi poursuivre son rayonnement dans les pas des différents acteurs.
La lumière, qu’elle soit artificielle ou bien solaire, possède un lien avec la nature, puisqu’il s’agit d’un rayonnement de deux corps portés à une haute température. Et même si ce contact des corps est émis par l’homme ou bien par un système inventé par lui, l’échauffement est un phénomène naturel.
L’entrée des francs-maçons, des matadors, mais aussi leurs déambulations sur le sens de polarisation de la lumière, les font se positionner à la limite de la lumière-symbole et de la lumière métaphore. Cette limite étant de toute façon indécise, elle ne l’est que de façon plus grande dans cet exemple. Il faut voir dans la marche dextrogyre, le désir de cheminer au-delà de la lumière, donc au-delà de la mort, afin de trouver ce qu’il peut y avoir après, si toutefois il y a un après. Car l’attrait pour cette lumière qui nous éclaire, c’est la vie, le combat perpétuel qu’elle représente. Le combat pour les idées, pour les passions, pour s’enrichir intellectuellement, pour les êtres aimés, mais aussi un combat pour affronter le moment ultime, source de toutes nos angoisses.
Le temps n’étant pas de mise sur ces colonnes, nous pourrons revenir plus tard et de manière complémentaire à cette notion de lumière, en lui donnant une approche plus symbolique que métaphorique. Mais si une chose doit nous interpeller dès maintenant, c’est bien la relation entre la vie et la mort que représente cette entrée vers la lumière ainsi que la marche dextrogyre.
Pour ceux qui donnent un sens à leur vie en éveillant leur intellect par la recherche philosophique, comme pour ceux qui donnent un sens à leur vie en affrontant un toro ou bien en assistants à ce combat de l’homme et du toro, qui eux aussi éveillent leur intellect pour peu qu’ils ne soient simples spectateurs mais bien des aficionados, cette relation continue à la lumière n’est que le symbole de la vie et de la mort. Avancé sous l’éclairage pour aller vers ce qui nous paraît aujourd’hui être la pénombre, alors qu’il n’y a aucune réponse adogmatique, symbolise des valeurs alternantes et donc complémentaires de la relation entre la lumière et l’obscurité.
Lumière et obscurité qui sont symbolisées par le pavé mosaïque d’un temple maçonnique. Mais aussi lumière et obscurité, qui sont l’essence même de la lidia, qui se doit d’être éclairée par l’intelligence de l’homme pour se déjouer de la mort proposée par le toro…
A suivre …
*« La corrida, idées reçues », de Pedro Cordoba, éditions Le Cavalier Bleu, mars 2009. ISBN 978-2-84670-246-1.
**A ce sujet, un conseil de lecture « La spirale de l’escargot, contes mathématiques » de Harmand Herscovici, éditions Seuil, février 2000. ISBN 2-02-036773-4.Ce livre rassemble des contes mathématiques, qui font découvrir les secrets du monde grâce à l’univers des nombres. L’auteur nous fait voyager des rives du fleuve Jaune de Bagdad vers les anciens Chinois en passant par l’histoire de Thésée et du Minotaure, tout en abordant l’harmonie cachée dans la géométrie fractale, la magie des nombres dans la suite de Fibonacci et autres trigrammes.
Toutefois cela peut paraître irrationnel d’assister à un combat entre un homme et un toro, et dont l’acte ultime est de tuer l’animal affronté. Seuls ceux et celles refusant obstinément d’élever leurs réflexions, continuent de le prétendre et de le clamer haut et fort. Pourtant, la corrida n’est pas plus irrationnelle que l’est de vouloir mettre en avant l’anthropomorphisme, l’antispécisme, comme valeurs sociétales pour l’avenir de l’humanité. Ni de prétendre que manger de la viande c’est manger un cadavre, et que pour cela il faille se retourner vers une nourriture végétarienne en attendant peut être de devenir végétalien pour parfaire la démarche. Il est pourtant facile de constater que les végétaux vivent, et si l’on veut emprunter la même logique, le végétarisme est donc tout aussi irrespectueux de la vie.
La corrida de toros comporte une construction rituélique mais aussi philosophique, que l’on retrouve aussi dans la nature. Prétendre que la tauromachie est écologique et en adéquation avec son temps, il y a un pas que l’on peut franchir pour l’affirmer. Ecologique ne serait-ce par le simple fait de remarquer que l’élevage du toro de combat engendre le respect total de la nature, mais aussi la continuité de l’espèce. Pedro Cordoba, le démontre parfaitement dans son dernier ouvrage*. En adéquation avec son temps, aussi, si l’on prend pour référence l’intérêt des spectateurs qui semble plus important pour le paraître du torero que pour l’être du toro. Ceci est en parfaite harmonie avec notre société de télé-réalité, mais qui colle tout aussi parfaitement avec celle qui se dit plus proche de la nature. Puisque la aussi il s’agit du paraître, paraître respectueux de l’environnement, tout en roulant avec de vieux diesels, paraître humaniste et riche des différences, tout en désirant interdire des modes de vies qui ne ressemblent pas aux leurs.
Mais ce rapprochement évoqué de la corrida avec la nature, ne l’est pas sur le seul aspect d’une vision écologique de l’élevage des bovidés. L’on remarque qu’une partie de la codification du rituel taurin, est calquée sur des éléments que nous offre la nature. Au premier abord cela peut paraître étonnant, mais il n’y a qu’à observer, et s’arrêter sur un simple fait flagrant dans le toreo de mode actuellement. La charge du toro que le matador reçoit de loin (dans l’idéal), construisant sa faena de muleta en se serrant au plus prêt, par répétition des mêmes muletazos en donnant une distance de plus en plus petite. Ceci n’est pas sans faire songer à la géométrie fractale**.
Il est aussi à noter un autre sujet qui nous intéresse aficionados a los toros sensibles au rituel et au symbolisme, et que l’on retrouve dans ce domaine, il s’agit de la déambulation. Et afin de poursuivre sur la lancée qui semble faire l’intérêt de ce blog aux yeux de bon nombre de lecteurs et lectrices, continuons à prendre exemple sur la franc-maçonnerie notamment.
L’entrée des francs-maçons dans leurs temples et des protagonistes taurins dans une arène, sont toutes deux identiques. Chacun des acteurs entrent en avançant vers la présidence, qu’elle soit tauromachique ou bien maçonnique. Pénétrer ainsi a pour signification symbolique de monter vers la Lumière. Celle-ci symbolisée par les forces qui dirigent et éclairent la course, les travaux.
Nous retrouvons ensuite comme points communs la déambulation. Que ce soit dans un ruedo européen ou bien pour les francs-maçons, les déambulations s’effectuent dans le sens horaire, le sens dextrorsum. Non pas qu’il y ait une signification vis à vis du temps qui passe, car même si la franc-maçonnerie n’a pas de limites temporelles, la corrida de toros est ponctuée par les avis. Mais ce qu’il semble à voir dans le sens déambulatoire dextrorse, est plutôt l’action de faire tourner vers la droite le plan de polarisation de la lumière. Cette Lumière représentée par la présidence comme précédemment exprimé, voit ainsi poursuivre son rayonnement dans les pas des différents acteurs.
La lumière, qu’elle soit artificielle ou bien solaire, possède un lien avec la nature, puisqu’il s’agit d’un rayonnement de deux corps portés à une haute température. Et même si ce contact des corps est émis par l’homme ou bien par un système inventé par lui, l’échauffement est un phénomène naturel.
L’entrée des francs-maçons, des matadors, mais aussi leurs déambulations sur le sens de polarisation de la lumière, les font se positionner à la limite de la lumière-symbole et de la lumière métaphore. Cette limite étant de toute façon indécise, elle ne l’est que de façon plus grande dans cet exemple. Il faut voir dans la marche dextrogyre, le désir de cheminer au-delà de la lumière, donc au-delà de la mort, afin de trouver ce qu’il peut y avoir après, si toutefois il y a un après. Car l’attrait pour cette lumière qui nous éclaire, c’est la vie, le combat perpétuel qu’elle représente. Le combat pour les idées, pour les passions, pour s’enrichir intellectuellement, pour les êtres aimés, mais aussi un combat pour affronter le moment ultime, source de toutes nos angoisses.
Le temps n’étant pas de mise sur ces colonnes, nous pourrons revenir plus tard et de manière complémentaire à cette notion de lumière, en lui donnant une approche plus symbolique que métaphorique. Mais si une chose doit nous interpeller dès maintenant, c’est bien la relation entre la vie et la mort que représente cette entrée vers la lumière ainsi que la marche dextrogyre.
Pour ceux qui donnent un sens à leur vie en éveillant leur intellect par la recherche philosophique, comme pour ceux qui donnent un sens à leur vie en affrontant un toro ou bien en assistants à ce combat de l’homme et du toro, qui eux aussi éveillent leur intellect pour peu qu’ils ne soient simples spectateurs mais bien des aficionados, cette relation continue à la lumière n’est que le symbole de la vie et de la mort. Avancé sous l’éclairage pour aller vers ce qui nous paraît aujourd’hui être la pénombre, alors qu’il n’y a aucune réponse adogmatique, symbolise des valeurs alternantes et donc complémentaires de la relation entre la lumière et l’obscurité.
Lumière et obscurité qui sont symbolisées par le pavé mosaïque d’un temple maçonnique. Mais aussi lumière et obscurité, qui sont l’essence même de la lidia, qui se doit d’être éclairée par l’intelligence de l’homme pour se déjouer de la mort proposée par le toro…
A suivre …
*« La corrida, idées reçues », de Pedro Cordoba, éditions Le Cavalier Bleu, mars 2009. ISBN 978-2-84670-246-1.
**A ce sujet, un conseil de lecture « La spirale de l’escargot, contes mathématiques » de Harmand Herscovici, éditions Seuil, février 2000. ISBN 2-02-036773-4.Ce livre rassemble des contes mathématiques, qui font découvrir les secrets du monde grâce à l’univers des nombres. L’auteur nous fait voyager des rives du fleuve Jaune de Bagdad vers les anciens Chinois en passant par l’histoire de Thésée et du Minotaure, tout en abordant l’harmonie cachée dans la géométrie fractale, la magie des nombres dans la suite de Fibonacci et autres trigrammes.